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Le PNB en Loire-Inférieure :
un mouvement marginal.

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En Loire-Inférieure, le PNB dispose d'une audience limitée même si le parti réapparaît précocement dans le département.

Au mois de décembre 1940, le PNB compte des sections à NANTES, SAINT-NAZAIRE et CHÂTEAUBRIANT.

Son responsable départemental est Yves Favreul-Ronarc'h.

La fédération départementale est alors très orientée à droite.

Le responsable des questions économiques est un industriel joaillier, Joseph le Corre militant du Parti populaire français depuis 1937 tout comme son camarade Alexandre Bruneau qui dirigeait par ailleurs la fédération départementale de la Confédération française du travail, centrale syndicale affiliée au Parti social français.

 

Le chef de la section des étudiants nationalistes de Nantes est un ancien combattant de la guerre d'Espagne dans les rangs franquistes, Marcel-Antoine David, également rédacteur au défunt L'Écho de la Loire, quotidien de la droite catholique.

 

Les militants de Loire-Inférieure jouent un rôle éminent au sein du mouvement breton puisque les dirigeants nazairiens du PNB, Émile Gervais et son fils Jean étaient des cadres de l'éphémère CNB.

 

 

De même, c'est le responsable de la presse dans le département, Germain Breton, qui hérite, le 19 décembre 1940, de la gestion de L'heure bretonne lors de l'éviction de son prédécesseur, Olier Mordrel →.

 

L'action autonomiste est relancée dès le mois d'octobre avec la création d'une organisation satellite,

le Groupement du service d'embauche social et fédéral des travailleurs bretons

qui rassemble une petite trentaine de membres.

Le PNB est cependant affaibli depuis le début de l'année 1941 par une scission orchestrée en Loire-Inférieure par Yves Favreul-Ronarc'h.

Ce dernier quitte en effet le parti pour fonder BRESONA, abréviation de Bretagne sociale nationale, d'inspiration "nettement hitlérienne" (sa devise est Race, nation, travail).

Héritier de la tendance dure du mouvement breton, Bresona se distingue cependant par sa doctrine qui promeut non pas l'indépendance de la Bretagne mais son intégration dans l'Europe nationale-socialiste.

 

Fort de quelques dizaines de membres basés à Nantes, Saint-Nazaire et Lorient, Bresona ne parvient pas à pérenniser son action et disparaît dès la fin de l'année 1941, ses derniers militants rejoignant le PNB.

​​Ce dernier est alors restructuré par Yann Goulet.

La fédération de Loire-Inférieure est confiée à Germain Breton.

Sa permanence nantaise est installée au 10 de la rue Voltaire.

Le PNB s'appuie sur 300 militants parmi lesquels Robert Larboulette →, secrétaire administratif et agent de l'Abwehr ou Hervé le Boterf, chef du canton centre de Nantes.

Hervé Le Boterf

Hervé Le Bouteiller (dit Hervé Le Boterff ou Hervé Le Borteff), né le 29 juin 1921 à Nantes et mort le 13 juin 2000 à Leixlip en Irlande, est un journaliste, écrivain, militant breton et historien de la Bretagne.

1. Un engagement militant sous l'Occupation

Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il est âgé d'une vingtaine d'années, Hervé Le Boterff s'engage activement au sein du PNB :

  • Responsabilités locales : Il est cadre local de l'organisation autonomiste à Nantes. En 1942, il exerce notamment la fonction de chef du canton Centre-Nantes pour le PNB.

  • Collaboration à la presse du PNB : Il participe à la rédaction d'articles pour L'Heure Bretonne, l'organe de presse hebdomadaire officiel du PNB financé et toléré par la propagande allemande (Propagandastaffel). Ses écrits y touchent principalement aux sujets culturels, littéraires et aux revendications autonomistes régionales.

2. Le PNB dans son travail d'historien (Après-guerre)

Après la guerre, Le Boterff n'a pas renié son intérêt pour le mouvement breton et est devenu l'un de ses chroniqueurs majeurs, notamment à travers sa trilogie La Bretagne dans la guerre (1969-1971) :

  • Récit de l'intérieur : Ayant côtoyé la plupart des dirigeants du PNB (comme Raymond Delaporte, Olier Mordrel ou Marcel Guieysse), il livre dans ses livres de très nombreux détails sur le fonctionnement interne du parti, la diffusion de L'Heure Bretonne et les luttes de factions internes (notamment entre les modérés de la ligne Delaporte et la frange ultra-collaboratrice engagée militairement).

  • Posture de défense et de déculpabilisation : Son regard sur le PNB est teinté de révisionnisme politique. Il cherche à minimiser la portée de la collaboration idéologique du parti en la présentant comme un simple opportunisme tactique visant l'émancipation de la Bretagne face à l'État français.

  • Focus sur l'Épuration : Il documente abondamment la répression qui s'est abattue sur les militants du PNB à la Libération, dénonçant ce qu'il considérait comme une « chasse aux sorcières » anti-bretonne menée par les autorités françaises.

​​

3. Continuité idéologique

Même s'il s'est reconverti après-guerre dans le journalisme culturel parisien (Cinémonde, RTL) et l'histoire générale, Le Boterff a conservé jusqu'à la fin de sa vie la ligne de fond du PNB concernant la question territoriale : le rejet du centralisme jacobin et le combat acharné pour l'unité de la Bretagne, concrétisé par sa revendication constante du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne.

hervé le Boterf
hervé le Boterf

 

Cependant, l'activisme du PNB reste durant toute l'Occupation extrêmement faible.

Seuls les dirigeants du mouvement, les plus radicaux, se manifestent par leur hostilité au gouvernement de Vichy accrue depuis le rattachement du département à la région d'Angers.

Cette décision offre ainsi aux régionalistes une audience nouvelle notamment dans les campagnes nantaises  "très attachées à leur province de Bretagne, à ses traditions, à ses coutumes" et qui désormais écoutent avec plus d'attention la propagande autonomiste sans pour autant initier un mouvement populaire en faveur du PNB.

Son hebdomadaire, L'Heure bretonne, ne compte ainsi que 200 abonnés à Nantes et s'écoule à 425 exemplaires chaque semaine dans la ville.

Le PNB s'appuie également sur des organisations satellites telles que:

le Foyer breton,

la Fédération corporative armoricaine,

les Étudiants nationalistes bretons.

On retrouve également des militants au sein de structures plus apolitiques comme :

l'Association amicale des bretonnants de Loire-Inférieure,

l'Union régionaliste bretonne,

le Cercle d'études celtiques 

la Fédération des artisans bretons.

 

L'action militante du parti se limite à des placards d'affiches, de tracts ou des fresques clandestines qui valent d'ailleurs à deux de ses activistes (dont Robert Larboulette) d'être interpellés par la police à Nantes le 23 janvier 1941. La documentation ainsi offerte aux yeux de la population ne rencontre pas d'échos particuliers.

 

A contrario, elle suscite même de l'hostilité.

Les tracts apposés sur l'église Saint-Nicolas au mois d'octobre 1941, sont ainsi déchirés par les fidèles qui sortent de la messe dominicale.

Au mois de septembre 1942, des vendeurs de L'Heure bretonne en déplacement à Carquefou se frictionnent avec des employés municipaux de la ville. Un rapport des renseignements généraux daté du 2 juin 1944 remarque que la diffusion de la propagande « a amusé la population qui ne prend pas au sérieux le PNB ».

Sur la scène collaborationniste, le PNB joue un rôle à part.

Ses membres, à quelques exceptions près, sont moins impliqués dans le soutien aux Allemands.

La fédération départementale ne suit pas la dérive extrémiste du Bezen Perrot dont l'action est d'ailleurs nulle en Loire-Inférieure.

Doriot, dont la mère est bretonne, soutient modérément le particularisme breton.

Il dispose même d'une organisation régionaliste satellite, le ROC BRETON, dirigé par Paul-Marie Gamaury-Dubourdeau

Cette empathie permet au PPF d'entretenir d'excellentes relations avec le PNB.

Le PNB répugne à s'afficher en compagnie d'autres mouvements collaborationnistes peu sensibles à l'autonomisme.

De fait, à l'instar des autres départements bretons, de multiples incidents éclatent entre militants bretons et jeunes francistes dont le nationalisme hexagonal fanatique ne tolère guère les mots d'ordre séparatistes. Seul le Parti populaire français échappe à l'hostilité des militants du PNB.

Preuve en est la décision de Germain Breton d'annuler une conférence de son parti, le 15 mai 1943, en raison de la tenue, le même jour, du premier congrès départemental doriotiste.

Dans un courrier adressé au chef local du PPF, Gabriel Luquet, Germain Breton justifie sa démarche : « Cher compatriote, vous n'ignorez pas qu'à différentes reprises, le chef du PPF a fait preuve, à l'égard du PNB et de sa politique, d'une attitude extrêmement compréhensive.

 

Des entretiens cordiaux ont eu lieu entre dirigeants du PNB et du PPF et si le développement de la politique actuelle ne peut conduire à un accord, il n'en reste pas moins que le PPF demeure le seul parti français qui ait affirmé le désir de résoudre au mieux de nos intérêts la question bretonne. » Germain Breton va même jusqu'à appeler « {ses} adhérents à assister à cette réunion ».

Les différentes manifestations organisées durant l'Occupation par le PNB n'attirent que quelques dizaines de personnes. Seul le congrès départemental organisé au salon Pini à Nantes, le 31 mai 1942, rassemble une affluence supérieure à cent personnes (150 auditeurs).Les réunions des 15 mars et 12 avril 1943 se déroulent devant 18 et 28 personnes.

Le déplacement à Nantes du président Delaporte → ne déplace ainsi que 30 personnes au domicile de Germain Breton, le 15 novembre 1943, une semaine après la destruction de la permanence de la rue Voltaire.

Celui-ci ne peut compter que sur un auditoire de 11 personnes le 13 mars 1944 tandis que 8 jeunes assistent à une causerie du PNB organisée dans un café de Pontchâteau le 21 janvier précédent... Il est vrai que, très tôt, les cadres départementaux envisagent la possibilité d'une défaite allemande.

Dans une note interne, les dirigeants du parti délivrent, le 7 octobre 1943, leurs consignes à leurs militants : « En cas de réussite d'une libération ou d'armistice, faire un voyage incognito et immédiat. Ne pas se faire repérer, la police politique nous ayant en surveillance. Dès maintenant, détruire les papiers, en particulier cartes, listes et adresses, qui pourraient être retenus par la police en cas de perquisition ». Ainsi, malgré l'ouverture d'une section à LA BAULE,le 17 février 1944, la fédération départementale cesse progressivement toute véritable action, ses animateurs préparant leur fuite. La plupart d'entre eux auront quitté Nantes avant l'arrivée des Américains, au mois d'août suivant. La permanence nantaise abandonnée sera alors récupérée et occupée par des sinistrés du quartier de Doulon...

Source : La collaboration en Loire-Inférieure 1940-1944 (tome 2) - Christophe Belser

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