Créateur du drapeau breton Gwenn-Ha-Du
Fondateur de Breiz Atao

Maurice Marchal
Né le 31 juillet 1900 à Vitré
Mort le 13 août 1963 à Paris
Alexander Goudie
Maurice Marchal
né le 13 juillet 1900 à Vitré
mort le 13 août 1963 à Paris
Mais de quoi s'est inspiré Morvan MARCHAL
pour créer le Gwenn-Ha-Du entre 1923 et 1925 ?
du drapeau américain, du drapeau grec, des armoiries de la famille irlandaise MARSHALL ?

En 1937, lors de l'exposition internationale de Paris,
le Gwenn-Ha-Du flotte sur le pavillon de la Bretagne



Titre de la revue GALERNE dessiné par Morvan Marchal
FORMATION et CARRIÈRE
- 1917 Baccalauréat après ses études au Lycée
Saint-Martin de Rennes.
- Ecole régionale d'architecture de Rennes.
- 1928 Diplome d'architecte.
- 1929 Architecte à Rennes.
- 1931 Professeur d'architecture à Rennes.
- 1935 S'installe à Laval
Après la guerre il travaillera à Paris notamment comme employé du gaz.
Sa fin de vie sera misérable.


François Debauvais et Morvan Marchal
( Congrès du PAB - Rosporden 1927 )
MILITANTISME
Etudiant : Proximité avec l'action française.
- 1918 Co-fondateur avec Job De Roincé du GRB ( groupe régionaliste breton )
- 1919 Création avec Job De Roincé et Henri Prado de Breiz Atao
- 1919 le GRB devient UYV ( unvaniez Yaouankiz Vreiz)
- 1925 Fondateur du CIMN - Comité International des Minorités Nationales regroupant bretons, gallois, écossais, corses, flamands et basques.
- 1927 Fondation du PAB ( Parti Autonomiste Breton) dont il est nommé co-président avec Olier Mordrel.
- 1931 Le PAB se disloque - Création du PNB ( Parti National Breton ) par l'aile droite du PAB -
Morvan Marchal s'éloigne de Mordrel et rejoint les fédéralistes-internationalistes au sein d'un nouveau parti : la LFB ( Ligue Fédéraliste de Bretagne )
- 1940 Il se rapproche à nouveau d'Olier Mordrel et fonde avec Raffig Tullou la revue néo- druidique NEMETON.
Il aura aussi été membre :
- de l'association artistique Ar Seiz Breur.
- de la Gorsedd de Bretagne.
- du Parti Radical au moins deux fois dont de 1928 à 1932 (exclu)
- du RNP ( Rassemblement national Populaire ) de Jacques Doriot.
Il a également été initié à la
Franc-Maçonnerie ( loge Volney de Laval ) - Exclu en 1945.
Condamné à 15 ans d'indignité nationale après la guerre, il sera amnistié en 1951.
Il se désintéressera de la cause bretonne et se consacrera à la philosophie, l'occultisme et les études néo-druidiques.

Yann-Ber Tillenon et Morvan Marchal en juin 1963
( trois mois avant sa mort )

Plaque de rue à son nom dans sa ville natale.
Malgré sa pauvreté après la guerre, Morvan Marchal ignorera avec une totale indifférence l'exploitation commerciale qui fut faite du Gwenn-ha-Du.
Ce ne fut pas la même chose avec Taldir Jaffrennou, créateur à la paternité contestée, de l'hymne national breton qui lui, déposa en 1951 des droits à la SACEM quant à l'utilisation du Bro goz ma zadoù.
Morvan Marchal meurt dans le dénuement le 13 août 1963 dans la salle commune de l'hôpital de Lariboisière à Paris -
En 1997 ses restes seront tranférés dans la caveau familial du cimetière de Chateaugiron.


Morvan Marchal mériterait, en sa mémoire, un monument digne de ce nom.
Naissance du GWENN-HA-DU
À l'origine, il y a des écus : des boucliers qui permettaient de protéger le guerrier.
On recouvrait ses derniers de cuir ou de fourrure pour les protéger mais aussi de motifs peints afin que les seigneurs se reconnaissent sur le champ de bataille et qui donneront par la suite les blasons.
Les bannières, au sens d’étendards ou d’emblèmes portés pour identifier des groupes (militaires, religieux ou nobiliaires), apparaissent dès l’Antiquité, mais leur usage se systématise au Moyen Âge, particulièrement entre le IXᵉ et le XIᵉ siècle.
Et ce serait à cette époque que, dit-on, le Kroaz Du serait apparu.
En effet, les pays participant aux croisades se voyaient remettre par le Pape une bannière constituée d'une croix dont les couleurs étaient celles dudit pays, afin de se reconnaitre sur les champs de bataille.
Rouge sur fond blanc pour les Anglais
Blanche sur fond bleu pour les Français
Verte sur fond blanc pour les Flamands.
Jaune sur fond blanc pour les Italiens
Etc.
Or, via la bulle papale Audita tremendi du 29 octobre 1187, en réponse à la chute de Jérusalem aux mains de Saladin après la bataille de Hattin (juillet 1187), le pape Grégoire VIII lance la troisième croisade.
Il décède en décembre 1187, mais son successeur, Clément III, poursuivit l’appel.
La Bretagne, sous la régence de Constance de Bretagne (épouse de Geoffroy II Plantagenêt, fils d'Henri II d'Angleterre), était intégrée au vaste empire angevin, ce qui favorisait une mobilisation via les réseaux anglo-normands plutôt qu'une expédition ducale unifiée.
Les sources historiques (chroniques comme celles de Roger de Hoveden ou Guillaume le Breton, et analyses modernes sur les réseaux nobiliaires) attestent de contingents bretons intégrés aux flottes et armées des rois Philippe II Auguste et Richard Cœur de Lion.
Raoul de Fougères (seigneur de Fougères) accompagne Richard Cœur de Lion et participe au siège d'Acre en 1191.
Alain de Vitré (seigneur de Vitré) y participe lui via les réseaux normands.
Des membres de la maison de Penthièvre accompagnent eux les contingents français.
Il est donc fort peu probable que les Bretons aient reçu du pape une bannière et tout porte à croire qu'ils ont porté alors la bannière des contingents auxquels ils étaient intégrés.
Nous n'avons de toute façon aucune trace de Kroaz du avant le XVᵉ siècle !
Lors de la septième croisade au XIIIᵉ siècle, il y a bien la famille de Blémur, vassale du duc de Bretagne, qui porte ses armes qui sont d’argent à croix de sable, mais si c'est une copie conforme du Kroaz Du, ce sont les armes de la famille.
Des sceaux appendus à des actes de 1247-1248 (prédépart pour la croisade) montrent déjà la croix de sable sur l'écu des Blémur, comme gage de leur serment croisé.
Cela appuie l'idée que le Kroaz Du n'était pas encore en fonction, on imagine difficilement le duc de Bretagne tolérer que son drapeau soit ainsi spolié par un vassal !
Le Kroaz Du apparaît pour la première fois dans des sources écrites et iconographiques au XVᵉ siècle.
Il est illustré dans une enluminure du manuscrit Compilations de cronicques et Ystories des Bretons (vers 1460-1480), qui représente le combat des Trente (1351) pendant la guerre de Cent Ans. Bien que le manuscrit soit postérieur à l'événement, il dépeint des chevaliers bretons portant une croix noire sur fond blanc, suggérant une utilisation antérieure mais non documentée auparavant. Ce symbole est aussi mentionné comme emblème breton dans le poème versifié Le Franc-Archier de Bagnolet (fin du XVᵉ siècle
Cela est confirmé fin XVᵉ avec le poème versifié "Le Franc-Archier de Bagnolet" (vers 1480-1490), une chronique satirique sur la guerre de Cent Ans, qui mentionne explicitement la croix noire comme emblème des Bretons.
Et les récits de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1488) où les chroniques comme celle de Guillaume Le Tillet décrivent les soldats bretons de Jean IV de Rieux portant une croix noire cousue sur leurs habits pour les distinguer au combat. C'est l'une des premières utilisations historiographiques attestées.
Les ducs ont leur bannière, le Plain Herminé, l'armée a le sien, le Kroaz Du, au XVIᵉ siècle, émerge la marine ducale qui aura le sien aussi, un Kroaz Du flanqué d'hermine dans ses quarts.
Bannière des Ducs de Bretagne - Plain herminé (nombre d'hermines indéterminé)


Drapeau de l'armée de Bretagne

Drapeau marine ducale de Bretagne
Le temps passe et le besoin d'un drapeau ne se fait pas vraiment sentir, c'est à ce moment avant tout un moyen d'identification militaire et la Bretagne, en plus de ne pas être un État centralisé, ne sera plus en guerre.
Le concept de nation qui émerge fin XVIIIᵉ avec les grandes révolutions fait naître ce besoin qui va connaitre une accélération au XXᵉ avec la standardisation mondiale avec l’essor des nations et des organisations internationales.
Au début du XXᵉ siècle, la Bretagne connaît un renouveau culturel et identitaire dans le cadre du mouvement breton naissant, influencé par la Renaissance celtique et les revendications autonomistes. Les années 1920 marquent l'essor de groupes comme le Parti autonomiste breton (PAB) et la revue Breiz Atao (dont Marchal sera un des premiers directeurs).
Dans ce contexte, l'absence d'un drapeau unificateur et moderne est perçue comme un handicap pour affirmer une identité bretonne distincte au sein de la France républicaine. Marchal, en tant que membre du groupe artistique Seiz Breur → (les Sept Frères, fondé en 1923 pour promouvoir l'art breton moderne), s'inscrit dans une démarche de modernisation symbolique : créer un emblème qui transcende les divisions locales et renforce le sentiment d'unité. Il s'y attèle donc, aidé de Ronan Klec’h et probablement de son ami de toujours, Rafig Tullou.
Marchal, anticlérical, franc-maçon et de gauche laïque, considère le Kroaz Du comme trop marqué par le christianisme (sa croix noire évoquant les croix de croisade ou des symboles religieux). Il faut, pour rassembler, un symbole laïc et inclusif.
Bien que des rumeurs évoquent une inspiration américaine (similitude avec le Stars and Stripes) ou le drapeau grec pour l'idéal de démocratie, rien ne permet de l'affirmer.
Officiellement, Marchal s'est inspiré de l'héraldique locale, comme les armoiries des ducs de Bretagne et les couleurs, noir et blanc, de la Bretagne. Probablement même, sans certitude aucune, qu'il s'est inspiré des armoiries de la famille irlandaise Marshall, dont le Gwenn Ha Du est un parfait copier-coller.
L'objectif était de doter la Bretagne d'un symbole moderne et reconnaissable, comparable aux drapeaux nationaux émergents sur le modèle de ce qui se faisait ailleurs en Europe où des pays en plein réveil national comme l’Irlande, la Catalogne, la Finlande, le Pays basque, se dotaient de drapeaux modernes.
En 1925, le nouveau drapeau breton est exposé au pavillon de la Bretagne lors de l’exposition des Arts décoratifs de Paris.
Il est adopté comme « drapeau national breton » le 20 septembre 1927, lors du congrès constitutif du Parti autonomiste breton qui regroupait toutes les tendances du mouvement breton de l’époque.
Ses hermines rappellent les armes héraldiques de la Bretagne, qui sont « d'hermine plain ».
Ses cinq bandes noires représentent la Haute-Bretagne pour les pays rennais, nantais, dolois, malouin, penthièvre.
Ses quatre bandes blanches représentent la Basse-Bretagne pour les pays de Léon, Trégor, Cornouaille et le pays vannetais.
Ses neuf bandes symbolisent les neuf provinces (pays) historiques de la Bretagne, à savoir :
Le Pays rennais (Bro-Roazhon)
Le Pays Nantais (Bro-Naoned)
Le pays vannetais (Bro-Wened)
Le pays de Cornouaille (Bro-Guernev)
Le pays de Léon (Bro-Leon)
Le pays du Trégor (Bro Dreger)
Le pays de Saint-Brieuc (BroSant-Brieg)
Le Pays de Saint-Malo (Bro-Sant-Maloù)
Le pays de Dol (Bro-Zol)
Le Gwenn-ha-Du connaît un succès fulgurant dès les années 1930, supplantant le Kroaz Du comme symbole populaire.
Lors du XIᵉ centenaire de Redon organisé par l'URB en 1934 (Union Régionnaliste Bretonne), il est massivement brandi !
La guerre vient, et une ombre est jetée sur l'héritage de Marchal, et le Gwenn Ha Du, s'il ne connait pas d'interdiction officielle, est stigmatisé. La pression est telle qu'une autocensure s'organise !
Cette autocensure est renforcée par la francisation des institutions : l’État français intensifie l’usage du "triliv" (tricolore, bleu-blanc-rouge) dans les écoles et administrations bretonnes, marginalisant les emblèmes régionaux.
Et puis le temps passe. Au départ, cantonné au milieu politique, il est réapproprié comme symbole d’identité culturelle avec l’essor du mouvement breton dans les années 1960. Des figures artistiques ou des associations culturelles popularisent son usage lors de festivals ou de manifestations, bien aidées en cela par la victoire du Stade Rennais en finale de Coupe de France en 1965.
Il devient alors un emblème de résistance culturelle contre la centralisation française, notamment dans les luttes pour la langue bretonne.
Il connaitra son essor lors de la grève des ouvriers du Joint français dans les années 1970. Les ouvriers en font un étendard de ralliement, et, en l'associant à un petit drapeau rouge, un signe de contestation sociale.
À partir des années 1990, le Gwenn-ha-Du devient omniprésent en Bretagne, et en dehors, affiché sur les mairies, lors d’événements sportifs, ou dans les rassemblements, qu'ils soient culturels, maritimes ou sociaux.
Son acceptation comme symbole régional officiel, sans opposition notable de l’État, est aujourd'hui actée.
"...J'ai donc pensé et continue à croire, qu'en conservant au maximum les couleurs et les hermines primitives, l'on pouvait composer un drapeau breton d'esprit moderne.
en voici la sigification :
Neuf bandes égales alternativement noires et blanches, couleurs traditionelles, lesquelles bandes représentent les blanches, les pays bretonnants :
LEON, TREGOR, CORNOUAILLE, VANNETAIS
les noires les pays gallos:
RENNAIS, NANTAIS, DOLOIS, MALOUIN, PENTHIEVRE.
_svg.png)
Ce drapeau qui, je le répète, n'a jamais voulu être un drapeau politique, mais un emblème moderne de la Bretagne, me parait constituer une synthèse, parfaitement acceptable de la tradition du drapeau d'hermines pleines et d'une figuration de la diversité bretonne."
Morvan Marchal


25 juin 1947