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Breiz Atao est né en tant que journal en 1919, mais il est rapidement devenu synonyme d'un mouvement idéologique et politique majeur au sein du nationalisme breton.

 

A la fin du XIXe siècle nait un mouvement de renaissance bretonne, désigné sous le terme d’Emsav.

 

Cette première phase est avant tout culturelle et élitiste : elle vise à préserver et valoriser la langue, les traditions et le patrimoine bretons.

 

Des organisations comme l'URB (l’Union régionaliste bretonne) illustrent cette dynamique.

Elles défendent une forme de régionalisme modéré, compatible avec l’appartenance à la nation française, et ne remettent pas fondamentalement en cause l’unité politique du pays.

Cependant, au début du XXe siècle, une nouvelle génération de militants fait évoluer ces revendications vers un nationalisme plus affirmé.

 

 

membres de Breiz atao

LA PHASE INITIALE (1918–1927) :

Régionalisme et renaissance culturelle

BREIZ ATAO a été fondé en janvier 1919 par des membres du GROUPE RÉGIONALISTE BRETON (GRB), 

La revue préparée au domicile de Morvan Marchal,  n'est pas tirée à plus de 500 exemplaires et ne compte qu'une cinquantaine d'abonnés en 1919. 

 

Le texte inaugural est écrit par Morvan Marchal futur créateur du drapeau national breton 

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La phase initiale de BREIZ ATAO s’accompagne d’une réflexion politique encore modérée,

Plutôt que de prôner la séparation, BREIZ ATAO envisage dans un premier temps une réorganisation de l’État français sous forme fédérale, permettant aux régions de disposer d’une large autonomie tout en restant intégrées à l’ensemble national.

 

Ce positionnement témoigne d’une volonté de concilier affirmation identitaire et réalisme politique, en proposant une alternative au centralisme sans rompre immédiatement avec lui.

Ainsi, dans ses premières années, BREIZ ATAO développe une stratégie progressive, fondée sur la promotion culturelle et une critique mesurée du modèle français.

Ce régionalisme, en apparence modéré, constitue en réalité une étape essentielle dans la construction d’une conscience nationale bretonne, qui ouvrira la voie à des revendications plus radicales par la suite.

LA PHASE AUTONOMISTE (1927–1931) :

Formation du PAB et ambitions fédéralistes

Congrès de Rosporden du PAB

En septembre 1927, au congrès de Rosporden le GRB  devient le PARTI AUTONOMISTE BRETON (PAB), avec BREIZ ATAO comme organe officiel.

dès lors et surtout dans les années 1930, le mouvement BREIZ ATAO connaît une évolution idéologique marquée par une radicalisation croissante de ses positions.

Le régionalisme initial, fondé sur une logique fédéraliste, cède progressivement la place à un véritable nationalisme breton, revendiquant non plus seulement l’autonomie, mais la reconnaissance d’une nation distincte, voire le droit à l’indépendance.

Cette transformation se manifeste également par une évolution du discours et des structures militantes.

 

Autour de figures comme Olier Mordrel ou François Debeauvais, le mouvement affirme de plus en plus clairement l’existence d’une nation bretonne distincte, fondée sur des critères historiques, linguistiques et parfois ethniques.

 

Le rejet du modèle français ne se limite plus à une critique du centralisme, mais s’accompagne d’une remise en cause de l’unité nationale elle-même.

Dans ce cadre, certains courants adoptent des positions idéologiques de plus en plus extrêmes, influencées par les nationalismes autoritaires qui se développent alors en Europe.

Enfin, cette radicalisation se traduit par une stratégie politique plus offensive. Le mouvement abandonne progressivement l’idée d’une simple réforme de l’État français pour envisager des solutions de rupture. Cette évolution prépare le terrain aux engagements controversés de certains militants durant la Seconde Guerre mondiale, marquant une rupture nette avec la phase initiale de modération.

Ainsi, la radicalisation de BREIZ ATAO constitue un tournant majeur dans l’histoire du mouvement breton. Elle révèle les limites du régionalisme modéré face aux blocages politiques et illustre la manière dont une revendication culturelle peut évoluer vers un projet nationaliste plus affirmé, voire conflictuel.

Radicalisation et virage fasciste (1931–1939) :

L'ère du PNB - Parti National Breton

Après l’effondrement du Parti autonomiste breton et sa scission, la frange la plus radicale du mouvement choisit de rompre avec l’ambiguïté du régionalisme pour assumer un nationalisme plus affirmé.

Elle fonde ainsi le Parti national breton en décembre 1931 à Landerneau, sous l’impulsion de figures comme Olier Mordrel et François Debeauvais.

Dans cette dynamique, le journal BREIZ ATAO est relancé entre 1932 et 1939, devenant l’organe central de diffusion de l’idéologie nationaliste.

Au début des années 1930, une inflexion idéologique majeure s’opère au sein du mouvement nationaliste breton.

L’objectif devient désormais l’indépendance totale, tandis que le fédéralisme est rejeté comme une simple forme de  domination française.

Cette radicalisation trouve une expression doctrinale dans le programme  SAGA  de 1933, rédigé  par Olier Mordrel. 

L’influence des idéologies européennes contemporaines y est manifeste. Inspiré par le fascisme italien et par les théories racialistes , le programme valorise une conception ethnique de la nation bretonne.

À partir de 1936, cette orientation se double d’une évolution géopolitique préoccupante. Certains militants manifestent une sympathie croissante envers l’Allemagne nazie

Dans cette perspective, une éventuelle guerre franco-allemande est envisagée comme une opportunité pour arracher l’indépendance de la Bretagne.

 

Cette ambivalence se retrouve dans sa position vis-à-vis des attentats du Gwenn-ha-Du en 1932 : officiellement condamnés, ceux-ci n’en traduisent pas moins un sentiment largement partagé au sein du mouvement.

Les congrès du PNB (comme celui de Carhaix en 1937) imposèrent des lignes pro-nazies.

Collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale (1940–1944) : Alliance opportuniste avec le nazisme

Dans un premier temps, la collaboration s’inscrit dans une logique de calcul politique. Autour de figures comme Olier Mordrel et François Debeauvais, une fraction du PNB considère l’Allemagne comme un levier susceptible de briser définitivement le cadre jacobin français.

 

L’occupation apparaît alors moins comme une domination à combattre que comme une opportunité à exploiter : en se posant en interlocuteur privilégié de l’autorité allemande, le parti espère obtenir au minimum une autonomie administrative, au maximum une indépendance nationale. 

Pour autant, les espoirs placés dans l’Allemagne se heurtent rapidement à une réalité stratégique implacable. 

le PNB demeure un auxiliaire toléré plutôt qu’un partenaire reconnu. 

La dynamique de collaboration connaît néanmoins une radicalisation supplémentaire à partir de 1943, avec la formation de groupes paramilitaires tels que le BEZEN PERROT.

En participant directement à la lutte contre la Résistance, ces unités franchissent un seuil décisif : celui du passage d’une collaboration politique à une collaboration armée.

 

Ce tournant engage durablement la responsabilité du mouvement, en l’associant non seulement à l’occupant, mais aussi à la répression de ses opposants.

Il convient toutefois de souligner que cette trajectoire ne saurait être généralisée à l’ensemble du mouvement breton.

Enfin, la Libération consacre l’échec et la disqualification de cette stratégie.

L’effondrement du PNB, les poursuites judiciaires visant ses membres, ainsi que l’exil de certains dirigeants, inscrivent durablement la collaboration dans la mémoire du mouvement nationaliste breton comme une faute politique majeure. 

Ainsi, la période 1940–1944 apparaît moins comme une simple parenthèse que comme un moment de vérité : en choisissant, pour partie, la voie de la collaboration, le PNB révèle les tensions internes d’un nationalisme tiraillé entre stratégie d’émancipation et dérive idéologique, au prix d’un discrédit durable.

Breiz Atao mad da Lazo ! 

Breiz Atao, bon à tuer ! 

 mot d'ordre des résistants bretons

Breiz Atao ne peut être réduit ni à un simple mouvement culturel ni à une entreprise politique condamnable dans son ensemble.

Son héritage oblige à distinguer clairement deux dimensions :

d’un côté, une contribution réelle à la redécouverte et à la valorisation de la Bretagne ;

de l’autre, une radicalisation qui a compromis durablement une partie de ses ambitions.

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