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Xavier  Mordelet

Noms de guerre Bezen Perrot : RUAL - LE MOUSSE

Né au Mans le 31 août 1927

Mort à Paimpol le 27 juillet 2007

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80

ans

Etudiant, à 15 ans il est membre de la section des Bagadou Stourm du Mans.

(section formée par les jeunes du cercle celtique du Mans et encouragée par le PNB)

Engagé dans le Bezen Perrot à 17 ans il est le plus jeune de la formation.

Il suit le Bezen Perrot lors du repli sur l'Allemagne et déserte >

avec Christian Guyonvarc'h > et Yves le Négaret > à Chaumont.

Témoignage de Xavier Mordelet  à l'historien Bertrand Frelaut

xavier mordelet bezen perrot

Je n'ai participé à aucune mission, si, à Troyes où je devais aller dans un autre coin de la ville voir ce qu'il s'y passait.En fait, je n'ai accompagné G... (Guyonvarc'h) que pour mettre au point notre retour en Bretagne (pour moi, c'était là qu'était la lutte).

Une chose que je dois dire : j'avais décidé d'aller jusqu'au bout et, pour moi, il n'y avait pas d'autre fin possible : la mort ( j'avais lu la vie de Patrick Pearse et "my faith for Irish freedom" de Dan Bren !!...Cela explique beaucoup de choses ).

Que je sois tué au combat ou fusillé, je ne voyais pas d'autre issue et, dans ces conditions-là, on n'a pas à avoir peur ni même avoir du courage : On fait ce qu'on a à faire, c'est tout.

Je l'ai d'ailleurs montré quand l'unité s'est enfuie de Rennes.

Tous les autres se sont sauvés comme ils pouvaient, moi j'ai incendié la maison avec l'aide de N...(le Négaret), j'ai rempli une valise de pain de soldat et de liqueur des Antilles ( une dizaine de bouteilles ), et je me suis tellement attardé que j'ai failli rater le camion qui nous emmenait vers Angers.

J'ai du monter le dernier après avoir aidé Roparz Hemon.

   

Mon temps à l'unité : j'ait fait l'exercice et des manœuvres.

Je n'ai pas eu le temps de faire autre chose avec la garde.

Peut-être, plus tard, je raconterai tout en détail, mais j'en viens tout de suite à mon arrestation.

Il n'a pas fallu beaucoup de tortures pour nous faire avouer (moi, Guyonvarc'h et Le Negaret ).

En fait, c'est a Colombey-les-Deux-Eglises que nous avons été arrêtés, si mes souvenirs sont bons ?

Le lendemain à Bar-sur-Aube, je crois, on nous a fait monter tous les trois dans une jeep pour aller nous fusiller.

Mon Dieu c'était dans les normes, nous étions tristes mais très calmes ( Le Negaret avait essayé de se suicider à Colombey ).

A ce moment les américains, curieux, ont voulu nous avoir pour nous interroger.

Moi, je n'avais pas grand'chose à dire, Le Negaret non plus, mais Guyonvarc'h en a eu pour huit jours d'interrogatoire : il leur a fait tout l'historique du mouvement breton avec comparaison avec l'histoire de l'Irlande, etc.

Tant et si bien que, pour nous arracher aux mains des français, ils lui ont proposé de nous envoyer en Amérique comme prisonniers de guerre ! 

Il a refusé.

On nous a rendu aux Français où, plus exactement, à la justice française, qui nous a fait incarcérer à Chaumont.

Et c'est là que tout a changé pour moi.

Jusque là, il y avait la mort au bout et je n'avais pas peur.

Mais, entre les mains de la justice il y avait peu d'espoir et j'ai eu peur, et c'est là que j'ai eu le plus de regret, car j'avais vécu pour être un témoin et, par l'espoir de vivre, ils me l'ont fait oublier.

La peur m'a fait escamoter mon témoignage et, dernière insulte, ils m'ont acquitté comme ayant agi sans discernement.

Le drame c'est que je m'étais préparé à mourir et pas à vivre.

Alors j'ai eu honte et j'ai essayé de lutter comme un gamin puis, dompté, je suis rentré dans le rang, enfermant un peu d'espoir au fond de moi même, c'est tout ce qui me restait."

Concarneau, le 12-02-1969

PS- Puisse mon témoignage servir l'histoire de la Bretagne.

(Extrait d'une lettre communiquée à l'auteur : Bertrand Frelaut)

Publié dans l'ouvrage de Bertrand Frelaut "les nationalistes bretons de 1939 à 1945"

éditions BELTAN

Bertrand Frelaut
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