top of page

Voici la traduction complète du document, incluant l'intégralité des notes de bas de page, de la bibliographie et des annexes :

ALAN HEUSAFF ET LE BEZEN PERROT

George Broderick

Université de Mannheim

1. Introduction

Ces dernières années, de nombreux travaux de recherche ont été menés sur les activités du mouvement breton pendant l'occupation allemande de la Bretagne (1940-1944), ce qui a donné lieu à un certain nombre de publications¹.

Un certain Pierre-Alain Heussaff (Lan Heussaff, ou Alan Heusaff [1921-1999], cofondateur de la Ligue celtique en 1961²) participait au mouvement breton à cette époque. Il est né dans la paroisse de Saint-Yvi (Sant Ivi), à l'est de Quimper (Kemper), le 23 juillet 1921. Son surnom était Mab Ivi « fils de (Sant) Ivi »³.

Sa famille était originaire de Toulgoat, dans la même paroisse, près de La Forêt-Fouesnant.

Il avait un frère, Jérôme (Jerm), qui n'était impliqué dans aucune activité politique (cp : Gary German, St. Yvi, 02.03.04 ; voir aussi Bridson 1999 : 2). Dans un entretien accordé à Hervé Person du Peuple breton (organe de l'UDB, Union démocratique bretonne) en 1992, Alan Heusaff ajoute lui-même (Person 1992 : 20) :

Mes parents étaient des petits fermiers, qui possédaient trois vaches vivant sur cinq journaux. Mon père a fait la Première Guerre mondiale. Il fut aussi domestique. Ma mère faisait des journées par-ci, par-là (Person 1992 : 20).

Concernant sa scolarité, il ajoute (Person ibid.) :

Je suis arrivé à l'école sans savoir un mot de français. Puis, j'ai eu une bourse pour aller à l'école primaire supérieure à Concarneau. Après avoir décroché le Brevet élémentaire, puis l'École normale, je suis devenu instituteur [...] (Person 1992 : 20).

C'est pendant qu'il était à Concarneau, nous dit-il, qu'il s'est intéressé pour la première fois à la politique nationaliste (Person 1992 : 20) :

À Concarneau, des copains m'avaient donné « Breiz Atao » à lire (c'étaient des articles sur la guerre d'indépendance irlandaise). J'ai rencontré Jean Bourhis⁵ à l'École normale. On s'est fait remarquer par nos idées... (Person 1992 : 20).

Heusaff a rejoint le Parti national breton (Parti national breton (PNB) / Strollad Broadel Breiz (SBB)) en 1938, à l'âge de dix-sept ans⁶. Dans l'entretien avec Person (1992 : 20), Heusaff explique que sa fonction principale était de diffuser la propagande du mouvement :

J'ai rejoint le PNB en 1938. J'ai suivi des cours de breton (pour le lire et écrire) avec Karlann⁷ (Ar Falz) et Ober⁸. Lainé⁹ nous a recrutés et nous a donné des séances d'entraînement. La guerre est venue et, graduellement, on a repris la propagande. J'ai fait de la propagande à « l'Heure Bretonne » et à « Arvor »¹⁰ avec Yann Ar Beg¹¹. On a fait beaucoup de propagande (Person 1992 : 20).

Fin 1943, il s'est associé aux activités du groupement paramilitaire breton Bezen Perrot (« Armée Perrot »), également connu sous le nom de La Formation Perrot, Perrot Gruppe et, de manière plus informelle, Der bretonische Waffenverband der SS ou Die bretonische SS¹². Mais avant d'examiner les activités du Bezen Perrot et l'association d'Alan Heusaff avec cette organisation, il convient peut-être de résumer brièvement les raisons de l'engagement global de Heusaff dans le mouvement breton.

Selon Gary German (cp : 02.03.04), dont la mère est originaire de Keronsal dans la paroisse de St. Yvi et qui vit aujourd'hui à St. Yvi, l'intérêt d'Alan Heusaff pour la politique nationaliste bretonne découle apparemment de son intérêt et de son inquiétude pour la langue bretonne. Il poursuit :

L'argument de Heusaff était fondamentalement que, depuis la Première Guerre mondiale, le breton de Saint-Yvi s'était dégénéré sous l'influence française au point d'être à peine intelligible pour quiconque parlait le saint-yvien d'avant-guerre. Bien qu'il ne fasse aucun doute que le breton de Saint-Yvi a évolué, en particulier en ce qui concerne les emprunts lexicaux au français (par exemple, le français chagrin [ʃa:grn] pour le breton glac'har)¹³, la phonologie, la morphologie et la syntaxe ont à peine changé chez les locuteurs natifs (bien qu'il existe des variations linguistiques au sein de la paroisse). Il semble qu'Alan Heusaff ait exagéré cela dans ses tentatives puristes de dépeindre le breton comme une langue autrefois normalisée. Cela étant dit, certaines personnes âgées de la paroisse considéraient les plus jeunes, comme Alan Heusaff, comme différents dans leur façon de parler breton parce qu'ils avaient été scolarisés. Dans son cas, son breton n'était « pas du tout comme le nôtre », alors que son frère Jerm « parlait comme tout le monde », comme on dit. Néanmoins, c'est un fait que le breton de Saint-Yvi est très réduit sur le plan phonologique (par rapport à celui du Léonard, par exemple), et semble l'être depuis un certain temps (Gary German cp : 02.03.04).

Ce point de vue est également largement partagé par l'historien breton/gallois Iwan Wmffre. Dans une récente communication personnelle qu'il m'a adressée (19.07.04), il notait :

Le breton de Heussaff n'était sans doute pas déficient, mais son attitude depuis son exil en Irlande était puriste et néologiste, et il adhérait à la [...] notion populaire [...] selon laquelle le breton de la fin du XXe siècle était simplement la langue de « locuteurs terminaux »[...]¹⁴. Ses articles pour Carn¹⁵ s'accompagnaient de glossaires contenant des mots « rares et peu connus » (traduction de l'original breton si mes souvenirs sont bons). Ma propre interprétation est que, n'étant pas en mesure de côtoyer beaucoup de locuteurs natifs en raison de ses choix politiques, il [Alan Heusaff] s'est raccroché à la version de la langue littéraire de [Roparz] Hemon [...] (Iwan Wmffre cp : 19.07.04)¹⁶.

L'engagement d'Alan Heusaff dans le nationalisme breton et sa coopération avec les Allemands auraient causé beaucoup d'angoisse, de déception et de honte à sa propre famille. Gary German (cp : 02.03.04)

note :

Les personnes à qui j'ai parlé à Saint-Yvi et qui ont connu la famille Heussaff m'ont toutes dit, sans exception, qu'il s'agissait de gens extrêmement gentils et formidables. C'est pourquoi l'adhésion d'Alan Heussaff au Breiz Atao [c'est-à-dire le Strollad Broadel Breiz] a été un tel choc et a tant perturbé les habitants de Saint-Yvi ! J'ai entendu des gens dire qu'après la chute de la France, il était arrivé avec les Allemands vêtu d'un uniforme allemand !¹⁷ Je ne sais pas si c'est vrai, cependant, mais je l'ai entendu dire à plus d'une reprise. Les gens se sentaient particulièrement mal à ce sujet, compte tenu de la honte que cela jetait sur sa famille [...]. Tous les vétérans de la Première Guerre mondiale, y compris mon grand-père, en ont été naturellement horrifiés. Pour sa défense, Heussaff a déclaré qu'il n'avait que 19 ans lorsqu'il a rejoint le B.A. et il a attribué cela à la folie de la jeunesse. Un vieil ami m'a dit que Heussaff [avait] été impliqué dans la torture et le meurtre de résistants, mais je me méfie beaucoup de ces rumeurs et il faut être très prudent avec ce genre de propos dans les petits villages (Gary German cp. 02.03.04)¹⁸.

Cependant, dans un entretien avec Ronan Caerléon à Dublin en 1970 (Caerléon 1974 : 142), Alan Heusaff exprime sans équivoque sa position vis-à-vis du mouvement breton et du Bezen Perrot dans une « Déclaration » :

Dès 1938 je partageais les convictions que la Bretagne ne pourrait pas regagner sa liberté « dre gaer » (de gré) ; l'État français s'y opposerait de toutes ses forces. J'étais d'accord pour que nous recherchions des appuis à l'extérieur où qu'ils soient, puisque nous n'étions pas assez forts pour atteindre notre but seuls. Pourquoi ne ferions-nous pas ce que font tous les pays libres dont la liberté est menacée — rechercher des alliances ? En le faisant, nous témoignons que nous-mêmes, nous étions libres déjà.

Pour être libres, il faut accepter de payer un bon prix : rupture avec la famille (qui craint pour notre avenir), avec les voisins (qui ne veulent pas que l'on sorte de son rang), avec la majorité de ses compatriotes qui n'ont pas encore vu qu'on les traite pire que des nègres et se veulent deux fois français. Au bout du chemin, il y avait de fortes chances de trouver la prison ou la mort.

Je m'engageai donc pour l'insurrection armée sous la direction de Lainé, celui des leaders nationalistes qui accordait le mieux ses actes avec l'idée nationale. Lorsqu'il m'apparut que l'Église catholique en Bretagne s'abaissait à coopérer avec l'État français pour poursuivre la politique d'extermination du breton et d'opposition au mouvement national, je rejetai son autorité et, finalement ses dogmes, pour chercher une base philosophique en accord avec ma volonté bretonne en particulier, dans les meilleures œuvres de la culture celtique de l'Irlande.

Peu m'importent les accusations telles que celles contenues dans des articles de journaux français et dans certains ouvrages même écrits par des Bretons que « le Bezen Perrot se couvrit d'autant de crimes que la milice Darnand »¹⁹... D'un côté, les combattants seraient donc des saints et de l'autre des brutes ? Pour moi, ce que j'ai vu de l'action du Bezen Perrot se compare avec les actes des combattants d'autres guerres et c'est un lieu commun de dire que la guerre n'est pas un jeu.

Je fus violenté assez grièvement pour devoir rester à l'hôpital plus de quatre mois et ceci, dans un combat à découvert, au cours duquel Larnikol de Plovanaleg et Lezet de Sant-Malo tombèrent pour la Bretagne (Caerléon 1974 : 142).

De plus, dans une lettre adressée à la revue bretonne Al Liamm 290/291 (1995 : 284-85), Alan Heusaff explique lui-même pourquoi il était prêt à collaborer avec les Allemands :

[...] Klask harp ur galloud bennak o stourm a-enep unan all ne dalvez ket e vezer a-du gant kerment tra a ra hennezh. Evidon-me e oa ar gudenn zifraeüsan en em zizober eus ar galloud gall e Breizh araok ma teufe ar brezhoneg da verzañ re wan, rak n'eus nemet ur Stad vreizhat a c'hall e harpañ da adsevel. D'ar gudenn-se e tleemp gouestlañ hon holl nerzh²⁰

(« Chercher l'appui d'une puissance en lutte contre une autre ne signifie pas que l'on soit d'accord avec tout ce que fait cette dernière. Pour moi, le problème le plus urgent était de se débarrasser du pouvoir français en Bretagne avant que la langue bretonne ne s'affaiblisse trop, car seul un État breton peut la soutenir pour se reconstruire. C'est à ce problème que nous devions consacrer toutes nos forces ») (Heusaff 1995 : 284-85).

Frañsez Debauvais, président du Conseil national breton (CNB), qui a toujours cru en une victoire allemande, considérait lui aussi la cause bretonne comme alliée aux Allemands. Dans son testament publié dans Breiz Atao en mai 1944, il note :

Camarades de la Formation Perrot. Je vous salue. Je salue en vous la première formation bretonne armée, depuis la disparition de l'armée chouanne [...]. Vous luttez, d'abord et avant tout pour notre patrie la Bretagne, en pleine et loyale collaboration avec l'allié allemand [...]. (d'après Hamon 2004 : 63).

L'opinion communément admise au fil des ans est que le Bezen Perrot a servi les intérêts du mouvement breton dans sa lutte pour l'indépendance de la Bretagne et contre les actions du gouvernement français, de la Résistance²¹ et du maquis breton, et que des militants comme Alan Heusaff ont combattu pour la cause bretonne au sein de cette unité, etc.²² Cette vision est réitérée par P. A. Bridson, rédactrice en chef de Carn, dans sa notice nécrologique d'Alan Heusaff en 1999 :

[...] En 1943, Alan, âgé de vingt-deux ans, a rejoint le Bezen Perrot, une unité militaire bretonne, pour lutter pour l'indépendance de la Bretagne. Alan, comme beaucoup d'autres jeunes Bretons de l'époque, y a vu l'occasion de mettre fin une fois pour toutes à l'occupation française de la Bretagne (Bridson 1999 : 2).

Bríd Heusaff, la veuve d'Alan (Heusaff 2001 : 23), donne un récit similaire :

[...] Il [Alan Heusaff] a rejoint le Bezon (sic) Perrot après sa formation à la fin de décembre 1943, peu après l'assassinat de l'abbé Perrot le 6 décembre [en réalité le 12] 1943 et de plusieurs autres patriotes bretons au cours des mois précédents²³. L'une des conditions établies par le Bezon Perrot était que ses membres ne seraient impliqués dans aucune action au-delà des frontières de la Bretagne, et cette condition fut maintenue jusqu'à la dissolution du Bezon. Ils ne se battaient pas en tant que nazis, mais en tant que patriotes bretons dont le seul souci était de s'opposer aux Français en Bretagne (Heusaff 2001 : 23).

En raison de ses activités au sein du mouvement breton et du Bezen Perrot, Heusaff aurait fait partie des personnes condamnées à mort (dans son cas, par contumace) par les autorités françaises après la guerre pour collaboration avec les Allemands. Cela s'exprime dans la notice nécrologique de Bridson :

Alan fut condamné à mort par contumace par l'État français. Près de trente ans plus tard, il devait bénéficier d'une amnistie du gouvernement français, mais comme beaucoup d'autres réfugiés bretons, Alan n'est pas revenu vivre en Bretagne car l'État français était toujours aussi répressif envers le mouvement national breton (Bridson 1999 : 2)²⁴.

Cependant, quelle est la réalité de la situation et dans quelle mesure la vision reçue y correspond-elle ?

2. Le Bezen Perrot

À la lumière des recherches récentes (voir ci-dessus), la situation concernant le Bezen Perrot semble être la suivante : l'unité, qui devint plus tard le Bezen Perrot, était initialement le projet d'un certain Célestin Lainé (1908-1983 Nantes²⁵), mieux connu peut-être sous son nom breton de Neven Hénaff, à savoir son Kadervenn (« Sillon de Combat » ou « Service spécial »)²⁶, une unité paramilitaire calquée sur l'IRA, créée en 1936 et comprenant une douzaine de membres engagés dans des manœuvres militaires (Hamon 2004 : 28). Elle était destinée à être l'embryon d'une armée bretonne au service du nouvel État breton envisagé²⁷, mais fonctionnait en réalité comme l'armée privée de Hénaff²⁸.

Le 11 novembre 1943, Neven Hénaff transforma le Kadervenn en la Compagnie bretonne en guerre contre la France sous le nom de Bezen Kadoudal, lors d'une signature officielle avec le chef de la Gestapo / SD²⁹ à Rennes³⁰, liant ainsi son sort à celui des Allemands (voir aussi ci-dessous).

Cette décision faisait suite à une plainte amère de Hitler à Pétain, le 4 décembre 1943, concernant la situation « intolérable » en France découlant de l'activité de la Résistance, à la suite de quoi il fut décidé d'étendre les activités de contre-résistance à la partie nord du pays.

En novembre 1943, les Allemands armèrent également la milice Darnand (la Milice, sous la direction d'un certain Joseph Darnand), la branche paramilitaire du PPF (Parti populaire français ; Hamon 2004 : 54)³¹.

Le 15 décembre 1943, le Bezen Kadoudal, sur proposition de l'un de ses chefs, Ange Péresse, et soutenu par ses 33 « premiers volontaires » (Hamon 2004 : 54), fut officiellement rebaptisé Bezen Perrot³² à la suite de l'assassinat du prêtre et militant breton Yann-Vari Perrot le 12 décembre 1943³³.

Comme on pouvait s'y attendre, le Bezen Perrot était dirigé par Neven Hénaff (Frélaut 1985 : 114-16)³⁴. Accompagnant Hénaff à la direction se trouvaient Jean Chanteau (alias Mabinog), responsable des renseignements, et Ange Péresse (alias Carcal ou Cocal) (Hamon 2001 : 197, 209).

Dès son entrée au Bezen Perrot le 15 décembre 1943, Alan Heusaff fut immédiatement nommé commandant de la section 2 de cette unité en tant que son kerrenour (lieutenant) et eut quatre groupes sous sa responsabilité : Dixmude³⁵, Cadoudal, Dahut³⁶ et Budoc (Hamon 2004 : 59, 68)³⁷. Selon Caerléon (1974 : 141) :

La Formation [Perrot] fut ensuite dirigée par un triumvirat : Heussaf, Guiriec et Péresse, qui gardait la haute-main sur les opérations militaires. En fait, Péresse prenait toutes les décisions et les autres s'inclinaient (Caerléon 1974 : 141).

Heusaff occupait manifestement un poste de haut rang au sein du Bezen Perrot.

Il appartenait au cercle restreint de Hénaff et est resté un ami proche jusqu'à la mort de ce dernier en Irlande en 1983.

Sur le plan organisationnel, pendant l'occupation allemande, le Bezen Perrot relevait directement de la responsabilité de l'SS-Obersturmbannführer Hartmut Pulmer, chef de la Gestapo / SD à Rennes (voir aussi ci-dessus), et sous le commandement militaire de l'SS-Hauptscharführer Hans Grimm, et était rattaché au SD de cette ville.

 

Fin janvier 1944, il était basé au 7, rue de Vincennes à Rennes³⁸. Il portait l'uniforme de la Waffen-SS³⁹ et comptait environ 80 effectifs, dont les pseudonymes de quelque 65 militants ont été identifiés jusqu'à présent (Hamon 2001 : 208-09).

 

Comme pour la Résistance, ces pseudonymes servaient à les protéger d'éventuels assassinats. Les noms de couverture d'Alan Heusaff étaient « Professeur » (Hamon 2001 : 209, 268) et « Rouat » (Hamon 2004 : 68). Le Bezen Perrot était composé d'une équipe hétéroclite issue de diverses organisations nationalistes ; la plupart de ses membres étaient très jeunes, certains même mineurs (Frélaut 1985 : 116-21, Hamon 2001 : 197-98).

Certains avaient également servi dans des activités anti-partisans pour les Allemands au sein de la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchévisme), une organisation collaborationniste française de droite active à l'époque. La LVF fut créée le 8 juillet 1941 dans le but de faire servir ses membres sur le front russe⁴⁰. Elle comptait environ 12 000 hommes, dont quelque 110 Bretons. Une récente fouille des archives de la LVF à Rennes a révélé que les nationalistes bretons Yves Le Négaret, Taldir Jaffrennou et Alan Heusaff étaient associés à cette organisation en tant qu'« Amis de la LVF » (Kristian Hamon, Le Peuple breton, 460 [juin 2002] : 11-12)⁴¹.

Dès sa création en décembre 1943, le Bezen Perrot, selon les preuves disponibles, a uniquement servi les intérêts allemands. Durant les trois premiers mois de 1944, il fut deployé soit pour garder, soit pour surveiller les installations allemandes.

De plus, il a participé à des arrestations, y compris de Juifs⁴³. À mesure que le jour J passait, l'augmentation de l'activité de la Résistance entraîna des exécutions de masse par le SD/SS de ce qui était qualifié d'« éléments anti-allemands », et le Bezen Perrot, selon les récits, prit part à certaines d'entre elles⁴⁴. Dans une communication personnelle datée du 20.04.04, Gary German notait que Heusaff :

[...] était actif avec la milice locale et qu'il avait même été présent et avait participé à l'interrogatoire et à l'exécution de combattants de la résistance capturés [...] (Gary German cp : 20.04.04)⁴⁵

C'est au cours de l'été 1944 que le Bezen Perrot a manifestement pris part à des activités particulièrement violentes⁴⁶.

Le 7 juillet 1944, Hitler ordonna la « liquidation de tous les terroristes et suspects », c'est-à-dire les partisans et les combattants de la résistance, ce qui devint rapidement une routine, en particulier après l'attentat contre la vie de Hitler le 20 juillet de la même année (Hamon 2004 : 131). Hamon (2001 : 206 et suiv.) énumère à partir de sources d'archives un certain PDF de nombreuses actions impliquant les SS/SD avec le soutien du Bezen Perrot. Celles-ci comprennent notamment :

  1. 19 juin 1944 : Arrestation de trois membres de la Résistance, qui ont tous « disparu ».

  2. 3 juillet 1944 : Quelque 31 personnes de Locminé ont été tuées, dont de nombreux corps ont été retrouvés plus tard dans un fossé. Cinq ont été déportées en Allemagne et quatre envoyées au camp de concentration de Mauthausen en Autriche, où elles ont été tuées.

  3. 14 juillet 1944 : Un massacre de 57 combattants partisans dans la ville de Saint-Hilaire. Cela fut suivi quelques jours plus tard par l'exécution de six femmes partisans dans une chapelle à Quistinic.

  4. Des activités supplémentaires de ce type impliquant le Bezen Perrot ont eu lieu dans divers villages de Bretagne aux dates suivantes : 16-17 et 30 mai, 22, 27 et 29 juin, 2, 11 et 23 juillet.

  5. 15 août : Exécution de 49 prisonniers présumés de la Résistance à Créney⁴⁷, etc.

Après le débarquement, le Bezen Perrot prit visiblement part à la retraite de l'armée allemande à travers la France, arrivant à Strasbourg en octobre, puis en Allemagne, pour finir à Tübingen, dans le sud-ouest de l'Allemagne, en décembre 1944 (Frélaut 1985 : 222-25, Lerchenmüller 1994, II : 219 et suiv., Hamon 2004 : 157). Le 16 décembre 1944, pour le premier anniversaire du Bezen Perrot, Alan Heusaff reçut avec d'autres la médaille allemande des blessés. Un certain nombre de membres reçurent des promotions dans la Waffen-SS.

 

Neven Hénaff fut promu Untersturmführer (sous-lieutenant), Ange Péresse Sturmscharführer (adjudant-chef), Alan Heusaff Hauptscharführer (adjudant). Six furent promus Unterscharführer (sergent) et onze autres Rottenführer (caporal) (Hamon 2004 : 157).

Le 29 décembre, Hénaff réorganisa totalement le Bezen Perrot, le divisant en quatre groupes de huit à dix hommes chacun.

- Le groupe 1 intégra la Waffen-SS,

- le groupe 2 créa une école de sabotage

- le groupe 3 une école de radio.

Les groupes 2 et 3 furent ensuite envoyés dans la Forêt-Noire pour y recevoir des instructions.

Le groupe 4 devait être la Propaganda-Staffel (unité de propagande). Le reste devait demeurer avec Hénaff à Tübingen.

 

Cependant, le 25 avril 1945, face à l'avance alliée, les groupes 2 et 3 quittèrent la Forêt-Noire pour s'installer dans une école de garçons à Fürstenfeldbruck, près de Munich. Toutefois, face à l'avancée des Américains, les groupes reçurent l'ordre de rentrer en Bretagne par leurs propres moyens et de poursuivre le travail du PNB, mais dans des endroits où ils ne risquaient pas d'être connus, et de chercher du travail dans des fermes après leur arrivée.

L'ordre était de rester en contact et d'attendre le retour de Hénaff pour la reconstitution du Bezen Perrot (Hamon 2004 : 159)⁴⁸. Pourtant, Hénaff partit pour l'Irlande en 1947/48⁴⁹.

Les professeurs Leo Weisgerber (Bonn) et Ludwig Mühlhausen (Berlin), qui avaient dirigé la promotion de la cause bretonne auprès des autorités allemandes pendant les années de guerre en Bretagne, furent chargés en 1944 par la SS en Allemagne de s'occuper des nationalistes et militants bretons jusqu'à la fin de la guerre. Certains furent apparemment conduits à Marbourg, dans l'ouest de l'Allemagne (Weisgerber y avait été professeur de celtique et de philologie comparée de 1939 à 1941 ; cf. Lerchenmüller 1997 : 408-09). Heusaff se trouvait visiblement en Allemagne depuis une date antérieure à septembre 1944 (voir note 31 ci-dessus).

Lors de l'entretien de Ramsey, Heusaff m'a dit qu'il avait étudié les mathématiques et la physique à l'université de Marbourg après la guerre (cf. aussi Heusaff 2001 : 23).

Plus tard, il rencontra Mühlhausen à Marbourg en 1949.

Mühlhausen, disait-il, était toujours aussi enthousiaste pour les affaires bretonnes et ajoutait qu'il s'était très bien entendu avec lui en Bretagne. La mesure dans laquelle le breton a été promu en Bretagne semble plus due à l'intérêt et à l'enthousiasme de Weisgerber et de Mühlhausen qu'il n'en aurait été le cas autrement⁵⁰.

 

Alan Heusaff est resté en Allemagne jusqu'au 20 mai 1950, date à laquelle il est venu en Irlande (Person 1992 : 20, Heusaff 2001 : 23). Il fut manifestement l'un des derniers à arriver et se rendit d'abord à Galway, où son camarade Neven Hénaff travaillait comme ingénieur depuis 1948.

3. L'antisémitisme au sein du mouvement breton

Le sentiment antisémite semble avoir été assez répandu au sein du mouvement breton (dans la lignée de ce qui faisait également rage dans la presse de droite dans toute la France en général), même avant la Seconde Guerre mondiale.

Ces sentiments s'expriment dans les publications bretonnes suivantes : Breiz Atao 20.11.1932 et 11.12.1932 (Le Juif et « Notre Juif »)⁵¹, 11.12.1938 (La France aux Juifs, la Bretagne aux Bretons) ; L'Heure Bretonne 05.07.1941 (Comment la Bretagne se défendit contre les Juifs), 18.07.1942 (À la Porte : les juifs et les enjuivés), 15.08.1942 (Nous devons connaître nos ennemis...), 19.09.1943 (ar Judeuion hag ar Franmasoned a oa da benn er Frans — les Juifs et les Francs-Maçons étaient à la tête de la France) ; Dihunamb août 1943, p. 265, 272 (concernant les excès contre les Juifs du duc Jean le Roux de Bretagne en 1240), pour ne citer que quelques exemples⁵².

Alan Heusaff, dans sa lettre à Al Liamm (1995 : 284), soutient qu'il n'avait rien à voir avec l'antisémitisme et nie avoir jamais entendu le moindre commentaire antisémite de la part de ses associés du mouvement breton, ou que cela ait joué un rôle quelconque dans leurs activités ou dans celles du Bezen Perrot :

[...] E-pad ar bloavezhioù 1940-1944 en em ouestlis da gentañ d'ar bruderezh evit degas tud a-du gant ar Strollad ha goude d'an aozadur milourel. N'he doa an enepsemitegezh perzh ebet en obererezh-se. E Roazhon ne oa ket anv eus ar Yuzevien gant ar re a oa en-diudin, ha heñvel e oa e Kernev-Izel evit ar vroadelourien a gejen ganto

(« Pendant les années 1940-44, ma principale préoccupation a été de faire de la propagande pour le Strollad en vue d'obtenir un soutien populaire, et plus tard pour la formation militaire (Bezen Perrot). L'antisémitisme n'a joué aucun rôle dans cette activité. Parmi mes associés à Rennes, il n'était pas question des Juifs, pas plus qu'en Cornouaille inférieure chez les nationalistes ») (Heusaff 1995 : 284).

En effet, il précise qu'il ne soutenait pas du tout la Solution finale ou l'Holocauste :

[...]. Krediñ a ran koulskoude e kollas e-leizh a Yuzevien (ha re all) o buhez en trevvac'hoù. Ha n'eus digarez ebet, din da c'houzout, evit bezañ o lazhet pe lezet da vervel

(« [...] Pourtant, je crois bien que de nombreux Juifs (et d'autres) ont perdu la vie dans les camps de concentration. Et il n'y a aucune excuse — à ma connaissance — pour les avoir tués ou laissés mourir ») (Heusaff 1995 : 284).

Néanmoins, en tant que membre du PNB, il aurait été confronté à l'antisémitisme au sein du mouvement breton, ainsi que dans les publications du PNB de l'époque (telles que celles mentionnées ci-dessus). En tant que membre supérieur du Bezen Perrot, il aurait également eu connaissance de l'arrestation de Juifs par des membres de cette organisation, comme indiqué plus haut. Son acceptation sans critique d'une réévaluation à la baisse des chiffres de la Solution finale / de l'Holocauste dans sa lettre à Al Liamm (1995), si elle n'est pas inconsidérée, semblerait le teinter d'antisémitisme :

[...] N'em eus lennet nemet daou levr gant Faurisson, anezho disoc'h enklaskoù graet gantañ ha n'em eus kavet doare perverzh hag onest dezho. Ha dall e oan ouzh nammoù enno? [...]. N'em eus ket gwelet c'hoazh levr na danevellskrid ebet o tiskouez e oa faos an disoc'hoù-se

(« Je n'ai lu que deux livres de Faurisson contenant les résultats de ses recherches qui m'ont semblé méticuleux et honnêtes. Étais-je aveugle aux erreurs qu'ils contenaient ? (...). Je n'ai encore vu aucun livre ou article qui montrerait que ces résultats [la réévaluation des chiffres de l'Holocauste] sont faux ») (Heusaff 1995 : 284).

Faurisson est un apologiste connu du Troisième Reich.

Heusaff aurait pu découvrir la vérité sur cette affaire si lui ou son agent avaient visité les archives compétentes. Il semble avoir été aveugle aux réalités qu'il ne souhaitait pas voir.

5. Après 1945

On ignore si le Bezen Perrot a survécu à la guerre⁵³. Mais il existait en Irlande un groupe de Bretons arrivés via le Pays de Galles en 1947-1948 pour échapper au harcèlement manifeste du gouvernement français en Bretagne⁵⁴, qui avaient traversé les mêmes expériences et se trouvaient dans la même situation d'exilés. Le témoignage de Jean le Dû⁵⁵ semble démontrer que Hénaff et Heusaff s'intéressaient toujours à la politique conspiratrice en 1960.

Hénaff était apparemment impliqué dans des activités conspiratrices secrètes depuis le début des années 1930 et Heusaff depuis 1938, comme déjà mentionné.

Il ne semble pas y avoir eu de « mouvement coercitif » en Irlande, mais on ne peut guère douter que ces personnes se montraient extrêmement circonspectes vis-à-vis des étrangers.

On pourrait éventuellement soutenir qu'il régnait une « atmosphère de peur », c'est-à-dire une peur de parler du passé des gens et/ou de ce qu'ils avaient fait. Cependant, le refus de parler découle également de l'intérêt du groupe et du désir naturel de ne pas indisposer les personnes avec lesquelles on peut avoir des relations.

5. Conclusion

Comme on peut le constater, si ce qui précède est exact, le Bezen Perrot, tout au long de sa courte existence, a servi les intérêts non pas du mouvement breton, mais ceux de la puissance occupante allemande, essentiellement comme une branche auxiliaire du SD/SS, opérant par conviction en arrêtant des éléments « anti-allemands » ainsi que des Juifs⁵⁶, et en combattant l'activité de la résistance française et du maquis breton.

La position de premier plan d'Alan Heusaff au sein du Bezen Perrot indiquerait que son rôle dans cette organisation n'était pas insignifiant.

En outre, son association apparente et celle d'autres nationalistes bretons avec la LVF, c'est-à-dire avec une organisation collaborationniste française de droite, indiquerait que leur intérêt principal consistait à promouvoir une idéologie « anti-bolchevique » (quelle que soit la manière dont on l'interprète) au sein de laquelle le mouvement breton s'inscrirait. En d'autres termes, la cause bretonne semble avoir joué, pour Heusaff et ses collègues, un rôle subordonné à leur philosophie politique⁵⁷, ce qui expliquerait dans une large mesure leur conviction à soutenir les intérêts allemands.

Cependant, comme toujours, le problème réside dans la justification a posteriori. Un certain numéro de nationalistes bretons, dont Hénaff et Heusaff, estimaient qu'une alliance sans équivoque avec les Allemands était le seul moyen de garantir le respect de l'indépendance bretonne (voir aussi ci-dessus). Lorsque j'ai rencontré Neven Hénaff (la seule fois) au domicile d'Alan Heusaff à Dublin en septembre 1975, il m'a dit que pour lui et ses camarades bretons, « Hitler était la meilleure chose qui soit adaptée au mouvement breton » (ses propres mots)⁵⁸. Il a ajouté qu'ils n'avaient aucun doute d'avoir fait le bon choix en coopérant avec les Allemands. Alan Heusaff renforce ce point de vue et justifie la position que lui et d'autres avaient prise pour la cause bretonne :

[...]. Par le Bezen on a montré que des Bretons étaient prêts à tout endurer, la mort comme la diffamation parmi leurs concitoyens contemporains, afin que dure la nationalité bretonne. Grâce à cette occurrence la foi en la Bretagne sera renforcée. La Bretagne nationale a fait ce que fait tout peuple qui combat ses despotes : s'allier à ses ennemis [...]. Pour la première fois depuis La Rouërie (1791), des Bretons se sont groupés pour combattre avec des armes pour les droits de la Bretagne. Et le coup a été mené à terme. Nous n'avons pas lutté comme les Chouans de Cadoudal⁵⁹ dans le but de remplacer une classe de Français par une autre. Hénaff a toujours refusé d'avoir à faire avec des collaborateurs comme Doriot⁶⁰, car jusqu'à preuve du contraire, toute la classe politique française est équivalente pour nous (Alan Heusaff, Mémoires, d'après Hamon 2004 : 168-169).

Cependant, en se réfugiant en Irlande en 1947/48, Neven Hénaff avait laissé le mouvement breton en ruines par suite de son alliance politique et militaire avec les Allemands en 1944-45 (Frélaut 1985 : 135 ; voir aussi ci-dessus)⁶¹.

Comme Alan Heusaff occupait un poste de haut rang au sein du Bezen Perrot, il a participé, intentionnellement ou non, à cette débâcle dont le mouvement breton a apparemment mis du temps à se remettre.

Une alliance avec les Allemands sous la forme qu'elle a prise avec Hénaff et ses collègues n'était visiblement pas une exigence du côté allemand, mais semble avoir été une tentative de s'attirer les faveurs de la part de Hénaff.

Comme nous l'avons déjà vu, la seule exigence militaire allemande connue pour garantir une quelconque autonomie politique et culturelle à la Bretagne était le recrutement des Bretons dans la Waffen-SS française. L'alliance de Hénaff avec les Allemands, bien qu'elle ait pu avoir des objectifs différents en tête, a abouti à ne servir que les intérêts allemands, comme nous l'avons vu, le Bezen Perrot se trouvant inutilement impliqué dans les excès des SS⁶².

Il est regrettable que les actions de Neven Hénaff et de ses partisans aient conduit des Bretons à prendre les armes contre des Bretons.

 

Alan Heusaff est décédé à Galway, en Irlande, le 3 novembre 1999.

Notes de bas de page (Traduction)

  1. Parmi lesquelles figurent notamment Caerléon (1974), Leroux (1975), Frélaut (1985), Fréville (1985), Fournis (1995), et plus récemment Hamon (2001, 2004), Fouéré (2002), Giolitto (2002).

  2. À Rhosllanerchrugog, près de Wrexham, dans le nord du Pays de Galles, le 9 août pendant le Welsh National Eisteddfod (Mac Aonghusa 1999 : 5, Bridson 1999 : 2). Pour les détails de son travail en faveur du breton, voir Bridson 1999.

  3. Il a écrit des articles sous ce pseudonyme pour le magazine breton Galv en 1941/42.

  4. Organe du PNB, pour lequel voir ci-dessous.

  5. Plus tard membre, aux côtés de Heusaff, du Service Spécial de Neven Hénaff, puis commandant du groupe Dahut du Bezen Perrot. Voir ci-dessous.

  6. Voir sa lettre dans Al Liamm (290/291 (1995) : 283) : Me zo aet e-barzh Strollad Broadel Breizh e 1938 d'an oad a 17 vloaz (« J'ai rejoint le Strollad Broadel Breizh en 1938 à l'âge de 17 ans »).

  7. Ou Kerlann, c'est-à-dire Jean Delalande (1910-1969), instituteur, membre d'Ar Falz, secrétaire du PNB pour le Finistère. Fondateur de la première école en langue bretonne à Plestin-les-Grèves en 1942 (Hamon 2004 : 58, note 15).

  8. Apparemment une organisation bretonne pro-communiste (Gwendal Denis cp : 08.07.04).

  9. C'est-à-dire Célestin Lainé (Neven Hénaff). Voir ci-dessous.

  10. Publications du PNB.

  11. Chef du PNB pour le district de Quimper (Hamon 2001 : 257).

  12. Le Bezen Perrot a toujours été considéré comme une unité militaire allemande, jamais comme une « milice française », et ses membres portaient toujours l'uniforme de la Waffen-SS (Hamon 2004 : 13).

  13. De plus, Gary German note (cp : 20.04.04) : « De nombreux mots liés à des tâches rurales obsolètes, etc., sont oubliés par la dernière génération de locuteurs pour qui le breton était véritablement une langue maternelle. Ma tante (décédée l'année dernière à l'âge de 95 ans) utilisait par exemple le mot prezen pour désigner l'espace sous l'âtre où l'on mettait le bois à sécher, etc. Je suppose que la plupart des locuteurs plus jeunes (au début de la soixantaine aujourd'hui) ne sauraient pas ce que cela signifie ».

  14. Il n'est pas rare que les nationalistes attribuent les « défauts », tels qu'ils les perçoivent, de leur langue maternelle ou nationale à l'intrusion et à l'influence d'une langue dominante extérieure. Ces « défauts » peuvent très bien être des développements internes. Un cas d'école est le gaélique de l'Île de Man (cf. Broderick 1999a).

  15. Magazine de la Ligue celtique.

  16. Durant le temps où j'ai connu Alan Heusaff (1975-1999), il a toujours insisté sur le fait que la langue nationale était essentielle à l'identité nationale d'un pays. Il faisait peu de cas des nationalistes celtes qui ne prenaient pas au sérieux leur(s) langue(s) maternelle(s) respective(s).

  17. Le souvenir qu'il portait un uniforme allemand découle peut-être de ses activités au sein du Bezen Perrot après décembre 1943 (voir ci-dessous).

  18. Mais voir ci-dessous. Gary German (ibid.) ajoute : « [...] Quant aux nationalistes, l'expression que les gens utilisent par ici [Saint-Yvi] pour rire est : Breiz atao, mad da lao ("(les membres de) Breiz Atao sont bons à tuer"). Mais sous la surface...! ». Pour ce slogan, voir aussi Hamon (2004 : 169).

  19. C'est-à-dire Joseph Darnand, chef de la milice du PPF. Voir ci-dessous.

  20. Gary German note (cp : 15.07.04) que le breton utilisé ici est « littéraire ».

  21. Qui comprenait apparemment une composante communiste importante ainsi qu'un petit élément breton.

  22. Cf. aussi HTV Y Byd ar Bedwar: Llydaw 1989 (Partie I).

  23. Pour les détails du meurtre d'autres nationalistes bretons, cf. aussi Frélaut (1985 : 115, 215).

  24. Cependant, à ce jour, il ne semble y avoir aucune preuve d'une condamnation d'Alan Heusaff par les tribunaux français après 1944. Nous ne disposons pour l'instant que de témoignages indirects sur sa condamnation à mort et son amnistie. Il existait toutefois la possibilité réelle qu'il soit tué par d'anciens résistants du maquis breton.

  25. Pour les détails de sa vie, voir Frélaut 1985 : 133-135.

  26. La formule Service Spécial se retrouve pour différents développements du groupe paramilitaire de Hénaff du milieu des années 1930 jusqu'en novembre 1943. L'implication de Heusaff dans le Service Spécial semble avoir commencé à la fin des années 1930.

  27. « L'Heure de la race bretonne sonnera bientôt au cadran de l'histoire [...]. L'État breton n'est pas loin » Breiz Atao 301 (1er mai 1938).

  28. En mai 1938, Hénaff fut arrêté à la suite d'une campagne de barbouillage de slogans sur des monuments publics. Il refusa de parler français devant le tribunal. Il fut condamné à trois mois de prison (Frélaut 1985 : 134).

  29. Sicherheitsdienst der SS, la police de sécurité de la SS. Le SD était responsable entre autres des rafles, des détentions et des déportations vers les camps de concentration (cf. Höhne 1996 : 183-209).

  30. Cette action entraîna une scission temporaire au sein du mouvement breton, impliquant la création d'un second PNB, qui dura environ quatre ans, et du « Néo-Breiz Atao », qui dura quelques mois en 1944 (cf. Frélaut 1985 : 116-121, Heusaff 1995 : 283). Il est évident que Hénaff cherchait désespérément à s'attirer les faveurs des Allemands. Il est également clair qu'il était pleinement aux commandes de cette unité.

  31. Cette unité s'est montrée particulièrement brutale dans l'exercice de ses fonctions aux côtés des SS/SD. À cet égard, le Bezen Perrot fut associé à cette unité aux yeux de nombreux Bretons (Hamon 2001 : 203, note 22, voir aussi le commentaire de Heusaff à ce sujet dans sa « Déclaration » ci-dessus).

  32. Pour son drapeau, le Bezen Perrot adopta celui des combattants bretons du XVe siècle, à savoir une croix noire sur fond blanc (Caerléon 1974 : 38).

  33. Selon les rapports de police et les déclarations d'autres parties intéressées cités par Hamon (2001 : 211 et suiv.), Perrot fut tué par un certain Jean Thépot de Morlaix qui ne fut jamais arrêté (il finit dans l'armée française). Il semble avoir agi seul. Perrot fut manifestement abattu car soupçonné de collaborer trop étroitement avec les Allemands (cf. HTV Y Byd ar Bedwar: Llydaw 1989 (Partie I)). La mort de Perrot provoqua beaucoup d'émotion et de sympathie parmi les nationalistes et militants bretons, mais eut aussi pour effet de doubler les effectifs du Bezen Kadoudal / Bezen Perrot (Frélaut 1985 : 116).

  34. En 1938, Hénaff établit des contacts avec l'IRA et tenta de rejoindre les services secrets allemands. Il chercha également à se procurer des armes pour le mouvement breton (Frélaut 1985 : 134).

  35. Une bataille de la Première Guerre mondiale (1914) au cours de laquelle deux régiments de fusiliers (principalement bretons) ont tenu tête à une force d'environ 50 000 Allemands pendant plus d'un mois (Gary German cp : 15.07.04). Si cela est exact, c'est un nom assez curieux à choisir pour une unité du Bezen Perrot, étant donné la position pro-allemande du Bezen.

  36. Commandé par Jean Bourhis (Hamon 2001 : 198). Voir aussi ci-dessus.

  37. Selon Hamon (2001 : 198), le Bezen Perrot au-dessous du niveau de l'état-major était divisé en deux sections, chaque section comprenant quatre groupes de cinq hommes chacun. Comme indiqué, Heusaff commandait la seconde de ces sections.

  38. Pour les autres adresses utilisées, voir Hamon (2001 : 197). L'état-major était apparemment installé au 29, quai d'Ille-et-Rance à Rennes (cf. Hamon ibid.).

  39. Pendant les trois premiers mois, les membres du Bezen Perrot portaient des vêtements civils. Ce n'est qu'à la fin du mois de mars 1944 qu'ils commencèrent à porter des uniformes de la SS (Hamon 2004 : 57). Dans ses souvenirs, l'ancien militant du Bezen Perrot, Maudit, note : « Nous portions donc l'uniforme vert, avec le calot à tête de mort, épaulettes noires avec liséré vert, chemise brune, cravate noire, ceinturon SS avec la devise : Meine Ehre heisst Treue (Mon Honneur s'appelle Fidélité). Nous étions appelés : SS man, nous les volontaires de la Bretonische Waffenverband der SS ! » (Caerléon 1974 : 140).

  40. C'était son but principal. La LVF fut créée en réponse à une demande allemande de soutien militaire des territoires occupés pour combattre sur le front russe « contre le bolchévisme », comme on disait. De nombreux Français et Bretons embrassèrent la cause au sein de la LVF (Hamon 2004 : 13-15 ; voir aussi note 27 ci-dessous). En juillet 1944, la LVF fut réorganisée en Sturmbrigade der SS Frankreich, de septembre à novembre de la même année en Waffen-Grenadier-Division der SS "Charlemagne" (franz. Nr. 1), et de novembre 1944 à mai 1945 en 33. Waffen-Grenadier-Division der SS "Charlemagne" (franz. Nr. 1). Entre février et avril 1945, la division Charlemagne connut des combats en Poméranie, mais fut décimée dans la région de Hammerstein-Neustettin, près de Dantzig. Ce qu'il en restait fut engagé autour de Belgard-Körlin mais subit de lourdes pertes. Réorganisés en Kampfgruppen autour de Kolberg et Greifenberg, ils firent mouvement vers l'ouest jusqu'à Neustrelitz, pour finalement défendre le centre de Berlin dans le secteur du Führerbunker en avril 1945. Ils furent faits prisonniers par les Russes le 2 mai 1945 (Hock 1986, Hamon 2004 : 14-17).

  41. L'ancien responsable de la langue mannoise auprès du gouvernement de l'Île de Man, le Dr Brian Stowell, m'a récemment informé qu'il avait assisté à un discours prononcé par Alan Heusaff devant la Jeunesse de la Ligue celtique (qui semble avoir eu une existence éphémère) à Dublin en 1966, à l'occasion du 50e anniversaire de l'insurrection de Pâques 1916. En évoquant les activités du mouvement breton pendant la Seconde Guerre mondiale, Alan Heusaff prétendait que lui et d'autres nationalistes bretons avaient combattu sur le front russe où ils avaient été blessés. Par la suite, ils auraient été emmenés en Irlande sur un bateau de charbon. Cependant, il semble qu'à cette époque Heusaff était impliqué dans le Service Spécial de Hénaff (voir ci-dessus et ci-dessous ; voir aussi Person 2001 : 20). Selon Hamon (2001 : 130, 199), Yves Le Négaret, un jeune militant du PNB, a servi sur le front russe avec la LVF entre le 16 juin 1943 et mai 1944, date à laquelle il a apparemment déserté pour retourner en Bretagne, rejoignant les rangs du Bezen Perrot le 6 juin 1944. Si tel est le cas, cela renforcerait l'hypothèse selon laquelle Heusaff aurait également servi dans la LVF. S'il l'a fait, ce serait très probablement en 1942-43, puisqu'il était instituteur primaire à Querrien (Kerrien) près de sa région d'origine jusqu'en 1942 (cf. Person 1992 : 20, également Heusaff 2001 : 23). Il a participé à l'école d'été bretonne pour enfants de 1942 à Beg-meil, près de Fouesnant. Toute expérience sur le front de l'Est l'aurait probablement mis en valeur pour devenir officier au Bezen Perrot en 1943. Pour sa part, Heusaff nous dit qu'après Querrien, il a effectué son service militaire : « [...] on m'a appelé pour faire des manœuvres à Gouezeg. C'étaient des instructions de Service Spécial [...] » (Person 1992 : 20). Plus tard, après avoir dirigé une école bretonne à Quimper avec Jean Bourhis, « [...] on m'a demandé si je pouvais venir à Rennes pour être instructeur du Service Spécial » (Person ibid.). Le Service Spécial fait référence au groupe paramilitaire de Hénaff mentionné plus haut. Néanmoins, une présence éventuelle sur le front russe aurait probablement eu lieu à cette période (fin 1942 - fin 1943).

  42. Le 7 février 1944 à 3 heures du matin, des membres du Bezen Perrot accompagnèrent le SD lors de l'arrestation de 37 personnes considérées comme « anti-allemandes » dans plusieurs villages, dont 12 furent déportées (en camps de concentration) (cf. Leroux 1975 : 270, Hamon 2001 : 201). Pour les détails d'autres sorties de ce genre, voir Hamon (2001 : 202).

  43. Les rafles de Juifs faisaient manifestement partie des obligations du Bezen Perrot auprès du SD. Hamon (2001 : 200) cite les propos suivants de Jégou, ancien membre du Bezen Perrot : « [...] En janvier 1944 j'ai été commandé pour aller chercher une vieille dame israélite à Rennes avec Konval et P.C., emmenée au SD [...] ». En tant que membre de rang supérieur du Bezen Perrot, la participation d'Alan Heusaff à des arrestations de ce type est très plausible. Quoi qu'il en soit, il aurait presque certainement été au courant de telles actions.

  44. Lors d'un entretien avec Alan Heusaff à Ramsey, Île de Man, le 24 juillet 1993, celui-ci s'est montré très discret sur les actions du Bezen Perrot. Lorsque je lui ai demandé, par exemple, quel grade il avait occupé, il a refusé de répondre. Cependant, il m'a dit qu'il y avait une sorte d'accord de donnant-donnant avec les Allemands, c'est-à-dire qu'ils nous aidaient à promouvoir le breton et que nous les aidions sur le plan militaire (voir aussi ci-dessus).

  45. Mais il a ajouté : « il est terriblement difficile d'obtenir les faits réels, principalement parce que le sujet est encore très émotionnel et les sentiments contre les collaborateurs intenses » (Gary German cp : 20.04.04).

  46. Après son arrestation à Colombey-les-Deux-Églises, le militant du Bezen Perrot Cadoudal a déclaré lors de son interrogatoire : « [...] Péresse, qui était une véritable brute, était accompagné d'officiers de la SD. Comme papiers militaires, les Allemands nous avaient donnés des Ausweiss. Les atrocités consistaient en exécutions sommaires et sans jugement, quelquefois sans interrogatoire par coup de pistolet dans la nuque [...] » (Hamon 2001 : 198).

  47. Voir aussi Hamon (2004 : 130-146). Pour les détails de l'action du Bezen Perrot contre le maquis breton, voir Hamon (2004 : 146-151). Heusaff nous raconte qu'il a été grièvement blessé à la partie supérieure du bras gauche lors d'opérations contre la Résistance le 13 juin 1944 à Ploërdut, Morbihan, et hospitalisé au total pendant environ trois mois. Dans la même action, les militants du Bezen Perrot Laizet et Larnicol furent tués (cf. Annexe 2 et la « Déclaration » de Heusaff ci-dessus). Bríd Heusaff, sa veuve, (Heusaff 2001 : 23) note : « En juin 1944 [...] Alan Heusaff fut sérieusement blessé dans un affrontement au cours duquel deux autres membres furent tués. Plus tard, il fut transféré dans un hôpital à Montabaur en Alsace-Lorraine où il resta pendant trois mois jusqu'à la fin de septembre 1944 ». Montabaur, si cela est exact, se trouve en réalité près de Coblence, dans l'ouest de l'Allemagne. Selon Hamon (2004 : 129), Heusaff, après deux semaines à l'hôpital de Pontivy, fut transféré avec d'autres blessés à Rennes, puis à Paris, et ensuite en Allemagne (? à Montabaur).

  48. Pour les détails sur ce que sont devenus les autres membres du Bezen Perrot, voir Hamon (2004 : 160-166). Au total, le Bezen Perrot a dénombré six morts et trois blessés graves, y compris Heusaff (Hamon 2004 : 164).

  49. Cf. Y Byd ar Bedwar: Llydaw 1989 (Partie II).

  50. Le soutien allemand aux affaires bretonnes, y compris tout statut politique spécial et autonomie culturelle, avait manifestement son prix. Dans son rapport daté du 17 mai 1944, l'SS-Untersturmführer (F) Ludwig Mühlhausen (pour lui donner son titre de service ; il avait été détaché au SD à la mi-mai) résumait des discussions avec d'autres personnels SS (Schröder) visant à encourager les Bretons à rejoindre les rangs de la Waffen-SS française [soit la 33e division Charlemagne, soit la division Karl der Große ; cf. Ailsby 1998 : 224] ; verstärkte Werbung für die französische Waffen-SS (« recrutement renforcé pour la Waffen-SS française »), c'est ainsi que cela était formulé. Mühlhausen écrivait : « [...] dass man den Bretonen keinerlei Zusagen oder Versprechungen für die Zukunft machen kann, weder in Richtung auf eine politische Sonderstellung gegenüber Frankreich noch aussi auf eine Art kultureller Autonomie (Schutz des bretonischen Volkstums vor der Französisierung). Ohne einen solchen Anreiz scheint aber eine erfolgversprechende Werbung unter den Bretonen von vornherein schwer möglich » (Rapport de l'SS-Untersturmführer (F) Mühlhausen, 05.-17.05.1944 Dossier personnel Ludwig Mühlhausen ; cf. aussi Lerchenmüller 1997 : 407). Dans une lettre qu'il m'a adressée le 29 juillet 1993, Alan Heusaff commente le rapport de Mühlhausen en ces termes : An t-eolas a thagann sa tuairisc sin ar an agallamh idir Mühlhausen agus Schröder (1944:1/5) réitíonn sé leis an eolas a bhi againn cheana: ní raibh aon rud geallta dúinn, ach ní raibh siad ag casadh a ndruim linn ná i n-ár gcoinne Bhí siad ag fanacht go mbeadh an cogadh thart roimh aon rud a shocrú (« l'information donnée dans le rapport de la discussion entre Mühlhausen et Schröder concorde avec les informations que nous avions déjà : rien ne nous avait été promis, mais ils ne nous tournaient pas le dos et ne s'opposaient pas à nous non plus. Ils attendaient que la guerre soit finie avant de régler quoi que ce soit »).

  51. Les éditions de cette publication au cours des années 1920 arboraient la croix gammée comme emblème sur la page de titre (cf. l'édition du 02.09.1928, par exemple). Pierrik Le Guennec (cp : 27.07.04) ajoute : « La croix gammée apparaît en 1925, dans le numéro où Hemon et Mordrel fondent Gwalarn. Cela est en conformité avec la reprise début 1924 de l'idéologie pangermaniste "nordiste" par Morvan Marchal, fondateur de Breiz Atao et de son drapeau Gwenn-ha-du. Elle réapparaît également début 1933, juste après la prise du pouvoir par Hitler ». Pour l'utilisation de cet emblème dans les cercles culturels mannois également durant les années 1920, voir Broderick 1999b.

  52. L'abbé Perrot lui-même est enregistré comme ayant tenu des propos antisémites en 1940, glorifiant la persécution et le meurtre systématiques des Juifs par le duc Jean le Roux de Bretagne en 1240 (cf. Feiz ha Breiz, nov.-déc. 1940). Qu'il ait ou non soutenu la Solution finale / l'Holocauste est une tout autre affaire.

  53. Mis à part sa position au sein du Bezen Perrot, Alan Heusaff ne semble pas avoir joué de rôle de premier plan dans le mouvement breton avant le milieu des années 1950, lorsqu'il se trouvait en Irlande.

  54. Cf. HTV Y Byd ar Bedwar: Llydaw 1989 (Partie II).

  55. Dans une communication personnelle qui m'a été adressée le 24.04.03, le Dr Jean le Dû, professeur émérite de breton à l'Université de Bretagne Occidentale (Brest) et de langue maternelle bretonne, notait : « [...] Est-ce que je vous ai dit que j'avais rencontré l'homme [Heusaff] en Irlande ? Il est venu me rendre visite avec Lainé et un autre militant peu de temps après mon arrivée à Galway en 1960. Je lui ai dit [à Heusaff] qu'il était un nazi (à cause de la façon dont il s'est adressé à moi en anglais !) et il m'a corrigé [en disant qu'il était] un national-socialiste. Incroyable. Les deux autres sont restés dans la voiture, car je ne semblais pas être une recrue potentielle. Je l'ai rencontré plus tard à Dublin. Il parlait irlandais à la maison, sa femme était du Donegal [...] » (cp Jean le Dû 24.04.03). Le PNB se voyait jouer un rôle dans la « Nouvelle Europe » sous les auspices nazis (cf. L'Heure Bretonne du 18.10.1941).

  56. Une fois arrêtés, les Juifs étaient ensuite remis au SD en vue de leur déportation vers les camps de concentration (cf. Höhne 1996 : 183-209). Étant donné le rang élevé de Heusaff au sein du Bezen Perrot, il le savait presque certainement.

  57. Cela semble correspondre à la réalité de la nouvelle base philosophique de Heusaff, telle qu'évoquée dans sa « Déclaration » ci-dessus.

  58. Lors de cette même rencontre en 1975, Hénaff m'a également dit qu'il était païen et adepte des croyances et religions celtiques (voir aussi Hamon 2001 : 154, où cela était utilisé pour engendrer une certaine mystique et ferveur religieuse au sein de son Kadervenn). Cela peut expliquer en partie son intérêt pour les nazis, chez qui les croyances païennes étaient activement encouragées (cf. Lixfeld 1994). Pour les détails sur les accents nazis dans la présentation, les symboles et les rassemblements du PNB, voir Hamon (2001 : 154-155).

  59. ? Joseph Cadoudal, chef du PNB pour le district de Guingamp (Hamon 2001 : 105).

  60. C'est-à-dire Jacques Doriot, fondateur du PPF (Parti populaire français), une organisation de droite, qui fut chargé de l'application du STO (Service du travail obligatoire), un décret introduit par les Allemands en 1943 obligeant les jeunes hommes français à travailler dans les usines allemandes pour soutenir l'effort de guerre (allemand) (cf. Hamon 2004 : 5, note 1). De plus, Doriot était plus intéressé par l'avènement d'une Europe fédérale que par l'autonomie bretonne (Hamon 2001 : 76). Dans les années 1920/30, il avait été membre du comité central du PCF, le parti communiste français (Gwendal Denis cp : 08.07.04).

  61. Au sujet du refuge de Hénaff en Irlande, il est dit : « [...] Il vit dans un complet dénuement, exilé sur un roc celtique, dans un isolement mystique, foudroyé par la défaite qui anéantit ses projets d'indépendance bretonne. Vingt-cinq ans après sa chute, il justifie opiniâtrement sa révolte : Plus tard, on s'apercevra que j'ai eu raison [...]. Mon temps viendra ! » (Caerléon 1974 : 50-52).

  62. Alan Heusaff a cherché à continuer à promouvoir la cause bretonne après la guerre par son implication dans des organisations celtiques, telles que la Ligue celtique. Déterminer s'il existe ou non un prolongement des années 1940 dans ces organisations est une question qui dépasse le cadre de cette étude.

Bibliographie

  • Ailsby, Christopher (1998) : Die Geschichte der Waffen-SS. Wien. Traduit de l'original anglais par Rudolf Kaspar.

  • Bridson, P. A. (1999) : « Alan Heusaff July 3 1921-Nov. 3 1999. A sad loss for the Celtic League ». Carn 108 (Hiver 1999-2000) : 2.

  • Broderick, George (1999a) : Language Death in the Isle of Man. Tübingen : Niemeyer (Linguistische Arbeiten 395).

  • Broderick, George (1999b) : « Under the 'Three-Legged-Swastika': Celtic Studies and Celtic Revival in the Isle of Man in the Context of the 'National Socialist Idea' ». In : Heinz (1999) : 195-209. Augmenté et réimprimé en 2004 dans Fischer, Joachim et al. (eds.) (2004) : 39-50.

  • Caerléon, Ronan (1974) : Le rêve fou des soldats de Breiz Atao. Quimper.

  • Fischer, Joachim, Ó Dochartaigh, Pól, and Kelly-Holmes, Helen (eds.) (2004) : Irish-German Studies. Yearbook of the Centre for Irish-German Studies 2001/2002. Trier : Wissenschaftlicher Verlag. University of Limerick, Ireland.

  • Fouéré, Yann (2002) : Histoire résumée du mouvement breton (1800-2002). Pordic : Celtic Chadenn.

  • Fournis, Yann (1995) : « Le deuxième Emsav des nationalistes bretons en général et du Bezen Perrot en particulier ». Mémoire de sciences politiques, I.E.P. de Toulouse.

  • Frélaut, Bertrand (1985) : Les Nationalistes bretons de 1939 à 1945. Éditions Beltan : Les Bibliophiles de Bretagne. Réimpr. 1993.

  • Fréville, Henri (1985) : Archives secrètes de Bretagne 1940-44. Rennes.

  • Giolitto, Pierre (2002) : Histoire de la Milice. Paris : Perrin.

  • Hamon, Kristian (2001) : Les Nationalistes bretons sous l'Occupation. Kergleuz.

  • Hamon, Kristian (2004) : Le Bezen Perrot 1944 : des Nationalistes bretons sous l'Uniforme allemand. Fouesnant : Yoran Embanner.

  • Heinz, Sabine (ed. Unter Mitarbeit von Karsten Braun) (1999) : Die Deutsche Keltologie und ihre Berliner Gelehrten bis 1945. Berlin : Peter Lang.

  • Heusaff, Alan (1995) : Lettre à Al Liamm, 290/291 (1995) : 283-285.

  • Heusaff, Brid (2001) : « Alan Heusaff - the Truth ». Carn 115 (Automne 2001) : 23.

  • Hock, Hans (1986) : 1987 Kalender des Bundesverbandes der Soldaten der ehemaligen Waffen-SS. Osnabrück : Munin Verlag. Hilfsgemeinschaft auf Gegenseitigkeit (HIAG).

  • Höhne, Heinz (1996) : Der Orden unter dem Totenkopf. Die Geschichte der SS. Augsburg : Weltbild Verlag.

  • Le Peuple breton 1985-1999. Journal de l'Union Démocratique Bretonne.

  • Lerchenmüller, Joachim (1994) : Keltischer Sprengstoff. Kuno Meyer und die Geschichte der deutschen Keltologie. Über das Verhältnis einer Wissenschaft zum deutschen Imperialismus und irischen und bretonischen Nationalismus, ca. 1900-1945. (Thèse de doctorat, Trinity College Dublin).

  • Lerchenmüller, Joachim (1997) : „Keltischer Sprengstoff". Eine wissenschaftsgeschichtliche Studie über die deutsche Keltologie von 1900 bis 1945. Tübingen : Niemeyer.

  • Leroux, Roger (1975) : Le Morbihan en guerre. Mayenne : Floc'h.

  • Lixfeld, Hannjost (1994) : Folklore and Fascism. The Reich Institute for Volkskunde. Indiana University Press. Édité et traduit par James R. Dow.

  • Mac Aonghusa, Mícheál (1999) : « Aitheasc ag an Uaigh ». Carn 108 (Hiver 1999-2000) : 5.

  • Person, Hervé (1992) : « Alan Heussaff : Fondateur-animateur de la Ligue celtique ». Entretien dans Le Peuple breton, no. 340 (Avril 1992) : 20.

  • Dossier personnel Ludwig Mühlhausen. Bundesarchiv section III, Berlin. Copie gracieusement fournie par le Dr. Gerd Simon, Tübingen.

  • Y Byd ar Bedwar: Llydaw. Harlech Television (HTV) 1989 (Parties I & II).

Sites Internet⁶³

ANNEXE

1. Justification de Neven Hénaff pour son combat aux côtés des Allemands (Hamon 2004 : 17-18).

Nous sommes des militaires et des militaires bretons. De 1941 à 1943 nous aurions pu nous engager dans la LVF, la Waffen-SS française, d'autres formations de recrutement françaises [...]. Nous avons attendu pour nous engager que la Formation Perrot nous permît de prendre part à la guerre sous direction allemande, sans aucun intermédiaire français [...]. Nos papiers militaires ont toujours porté que nous sommes de seule nationalité bretonne et j'ai appris, avec une vive satisfaction, que l'engagement spécial récemment souscrit par certains de nos camarades parle expressément qu'ils sont engagés dans l'armée allemande afin de combattre les ennemis de l'Allemagne, de la Bretagne et nommément les Anglais, Américains, Russes et Français [...]. Pour la première fois depuis des siècles des Bretons nationalistes se sont engagés en troupe militaire pour combattre la France dans les rangs de ses ennemis (Hamon 2004 : 17-18).

 

2. Récit par Alan Heusaff d'un affrontement avec le maquis breton à Guémené-sur-Scorff dans le Morbihan, entre Le Croisty et Ploërdut, le 13 juin 1944, au cours duquel il fut grièvement blessé. Extrait de ses mémoires inédits en breton, traduits en français par Cédric Sinou (d'après Hamon 2004 : 125-128).

[...]. Nous portions des vêtements civils. Si nous avions rencontré des Allemands, ils nous auraient pris pour des terroristes et ils nous auraient tiré tout de suite dessus ! Le premier véhicule que nous vîmes venir de la direction de Guémené était une camionnette bâchée. Nous sautâmes immédiatement sur la route et fîmes signe au conducteur de s'arrêter. La camionnette ralentit, nous dépassa de huit ou dix pas, et s'arrêta. Deux hommes descendirent par devant et deux autres par derrière. Les deux premiers s'approchèrent. Leurs tenues étaient identiques, une sorte d'uniforme que je n'avais jamais vu avant. Ils portaient des casques à filet et chacun avait un fusil mitrailleur. Ils allèrent à la rencontre de Laizet au milieu de la route et je reconnus alors le signe qu'ils portaient sur leur manche : une croix de Lorraine !⁶⁴ Notre Malouin malin⁶⁵ commença à discuter avec eux et l'Alsacien s'en approcha tandis que Larnicol et moi restions sur le bas-côté, sur le qui-vive.

 

J'étais un peu loin pour entendre clairement la discussion qui s'engageait en français entre les quatre hommes au milieu de la route, mais d'après les quelques brides qui me parvenaient je comprenais que Laizet essayait de les tromper à notre propos, afin que nous puissions nous séparer sans perte ni fracas. Nous étions tous là, avec nos armes pointées vers le bas, nous demandant comment agir sans leur laisser l'occasion d'avoir le dessus, surveillant leurs gestes et leurs paroles, et eux, se demandant de quel côté nous étions, amis ou ennemis. « Le blond, là, est tout pâle », dit en me montrant celui qui semblait être le responsable. Et en vérité, nous jouions avec nos vies. Laizet s'était tout de suite avancé pour trouver une solution à l'amiable. Mais comment réussirait-il sans dire que nous étions du maquis nous aussi ? C'est lui qu'on interrogeait et ses réponses n'étaient pas convaincantes. L'Alsacien, qui d'abord était resté silencieux, participa lui aussi à la conversation. « Celui-ci ne parle pas comme un Français », dit l'ennemi qui menait la discussion. Sa voix était désagréable. Il devenait accusateur. Un peu plus et il nous demanderait des preuves précises ou bien il nous ordonnerait de lâcher nos armes, et alors nous serions à leur merci. Laizet avait échoué. Nous ne pouvions plus reculer, nous ne pouvions plus nous en sortir sans les affronter. Nous ne devions pas reculer. Il fallait frapper les premiers. « Feu ! » criai-je. « Feu ! » répondit Larnicol. « Ne tire pas ! Tu ne voyez donc pas qu'ils sont du même côté que nous ! » cria Laizet. Il essayait encore de nous faire passer pour des Français, comme eux. Mais non ! Assez d'intrigues comme ça. Les dés sont jetés ! Les coups de feu claquaient. J'avais armé mon Sten, visé le questionneur casqué, et appuyé sur la détente. Quoi ? Le chien était resté bloqué. Je n'étais pas assez habitué à manier ce vieil engin, et je n'avais pas le temps de jouer avec pour le décoincer. Je me décidai rapidement à sauter dans le fossé, où je serais mieux abrité et d'où je pourrais alors tirer avec le pistolet que j'avais dans la poche arrière de mon pantalon. J'étais en train de me tourner quand une balle m'atteignit dans la partie supérieure du bras gauche, et j'eus l'impression d'en recevoir une autre dans le dos. Le choc me projeta au fond du fossé. J'étendis sûrement ce bras-là pour ne pas tomber à la renverse. Clac ! Je n'eus aucune douleur, mais quand j'essayai de m'appuyer dessus il était mou et tournait sur lui-même comme l'aurait fait un sac de farine pendu à une branche. L'humérus était cassé. Je ne pouvais pas armer mon pistolet avec une seule main. Quand je toussais, du sang me montait à la gorge. Le côté gauche de ma poitrine était très lourd et le sang, chaud, coulait le long de mon flanc. Je vis Larnicol tomber sur la route entre l'endroit où j'étais et la voiture. « Je suis fini », dit-il avec un sourire tranquille et un peu triste. L'Alsacien accourut par derrière du côté abrité de la voiture, ouvrit la portière et saisit deux grenades à manche. Il les lança vers la camionnette et se baissa pour ne pas recevoir d'éclats. Deux explosions. Les ennemis fuyaient. Je me rendis compte juste après que la camionnette avait disparu.

 

Tandis que je perdais mon sang, je pensais que je ne pouvais plus rien faire, que j'allais bientôt partir. Fini les combats, les efforts, l'angoisse. Ni joie ni inquiétude. Pendant une seconde je me remémorai la chanson de Roparz Hemon, Kanenn Vrezel⁶⁶. Les choses ne se passaient pas comme dans le poème, mais c'était une belle journée pour mourir. « Tu peux te lever ? » demanda l'Alsacien. « Il faut qu'on parte avant qu'ils n'aient le temps de revenir. Aide-moi à mettre les deux autres dans la voiture ». Je me levai, je n'étais pas trop faible. Le pauvre Larnicol était mort. Au milieu de la route gisait Laizet, la tête dans une mare de sang, son bonnet noir et son pistolet à ses côtés : mort aussi.

Nous réussîmes à les transporter dans la voiture, sur la banquette arrière. « Voilà un Mauser, il est chargé et armé. Tu n'auras qu'à tirer s'ils reviennent ». C'était un homme alerte et déterminé. La voiture démarra dans un bruit étrange. Quelque chose était cassé dans le moteur ou la direction, elle avançait en zigzag, pas moyen d'aller vite. Elle tomba en panne en bas d'une pente. Mon camarade descendit et arrêta un clerc qui passait à vélo. « Occupez-vous de lui », ordonna-t-il, « pendant que je vais chercher de l'aide ». Et il partit sur le vélo en direction de Guémené, à une huitaine de kilomètres de là. Le clerc appela des paysans qui habitaient à côté et ils me dirent de venir chez eux. Ils demandèrent ce qui s'était passé. Je répondis en breton qu'il y avait eu une échauffourée entre Français et Bretons non loin du Croisty. Apparemment ils ne me comprirent pas, et ne firent pas d'autres questions. Ils eurent la bonté de me préparer un grog. Un voile de lumière verdâtre et sombre se levait et tombait devant mes yeux. On m'invita à m'allonger dans un lit et on me laissa seul, avec cette lumière me sautillant dans le crâne. À présent j'étais inquiet, ne sachant pas si j'étais dans un état grave. Le sang ne me coulait plus aussi abondamment dans la gorge, mais mon flanc était aussi lourd qu'une grosse pierre. Au bout d'une heure, l'Alsacien revint en voiture avec des Allemands en uniforme. Nous nous rendîmes à toute allure à Guémené, à l'hôpital du haut de la ville. À voir la tête des sœurs et des infirmières qui vinrent s'occuper de moi, il était évident qu'elles étaient embarrassées de m'avoir à leur charge. J'étais dans une grande salle. Un jeune homme fut amené dans le lit à côté du mien, peu après que je fus arrivé. Il avait été blessé par les Allemands à côté de Bubry. Mieux valait se taire. Le temps d'appeler Pontivy, une ambulance vint me chercher pour m'emmener au Kriegslazarett⁶⁷ dans cette ville (Alan Heusaff, Mémoires, d'après Hamon 2004 : 125-128).

 

  • ⁶³ Je suis également reconnaissant à Pierrik Le Guennec pour m'avoir ouvert l'accès à ses sites Internet.

  • ⁶⁴ Parachutistes SAS français en uniforme militaire portant la croix de Lorraine sur le bras (Hamon 2004 : 125, note 61).

  • ⁶⁵ Hor Malouad gwidreüs. Il s'agissait de Laizet, qui était interprète pour les Allemands à Saint-Malo (Hamon 2004 : 125, note 62).

  • ⁶⁶ Chant de guerre (Hamon 2004 : 127, note 63).

  • ⁶⁷ Hôpital militaire allemand.

bottom of page