
Contexte
L'interdiction de séjour en Bretagne frappant Olier Mordrel au début de l'année 1941 résulte d'un arbitrage politique direct des autorités allemandes, motivé par trois raisons stratégiques :
1. Le tournant de la collaboration avec Vichy (Montoire)
Après l'entrevue de Montoire entre Adolf Hitler et le maréchal Pétain en octobre 1940, le Reich fait le choix de collaborer directement avec l'État français. Pour garantir la stabilité et la participation de l'administration française, Berlin met provisoirement en sourdine le soutien ouvert au séparatisme breton. Mordrel, avec son discours indépendantiste agressif, devenait un obstacle diplomatique.
2. Des critiques ouvertes contre la politique allemande
Acteur d'une ligne radicale, Mordrel s'oppose vivement à ce rapprochement franco-allemand. Il critique cette orientation dans le journal L'Heure Bretonne, reprochant aux Allemands de faire le jeu de Vichy. Ces prises de position publiques agacent fortement le commandement militaire allemand (la Militärverwaltung) et la diplomatie du Reich.
3. L'éviction du PNB et l'isolation politique
Devant ces tensions, les autorités allemandes et l'aile modérée du Parti national breton poussent Mordrel à la démission le 8 décembre 1940 au profit de Raymond Delaporte, jugé plus prudent et plus acceptable pour Vichy.
Pour éviter que Mordrel ne tente de reprendre le contrôle du PNB ou d'agiter la région depuis Rennes, l'état-major allemand lui signifie son interdiction de séjour en Bretagne. Il est alors assigné à résidence en Allemagne (notamment dans le Jura souabe puis à Stuttgart). Cette interdiction ne sera levée qu'en septembre 1941.
En février 1941, il tente de négocier son avenir politique, de faire valoir ses idées et de maintenir ses soutiens au sein des instances du Reich.
Les « propositions et déclarations » rédigées à cette date (2 février 1941) correspondent précisément à ses efforts pour :
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Défendre son action politique passée devant les décideurs allemands.
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Soumettre de nouveaux plans politiques pour la Bretagne.
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Négocier les conditions de son maintien en Allemagne et tenter de regagner les faveurs des services allemands.

P r o p o s i t i o n s
Résumé
M. Mordrel est un écrivain breton et français, il possède une certaine connaissance de l'allemand et de l'anglais. En tant qu'architecte, il est issu de l'« École des Beaux-Arts » de Paris.
Son rôle en Bretagne peut se résumer comme suit :
Moteur principal et doctrinaire du mouvement national breton depuis 1920 ; directeur de « Breiz Atao » depuis 1922 ; fondateur et directeur de la revue « Stur » en 1936.
Depuis 1935, M. Mordrel a pris l'initiative dans « Breiz Atao » en Bretagne d'un mouvement d'esprit en faveur des études raciales et nordiques, ainsi que du national-socialisme (campagne « Saga »). Sa revue « Stur » s'est principalement attachée à publier des travaux de Hermann Wirth, O. Spengler et Nietzsche. Elle disposait d'un précieux cercle de collaborateurs, parmi lesquels Allbrogat, Calvez, Glémarec, qui penchaient tous vers la culture allemande.
Dans la revue « Stur » ont été débattues les théories de la pensée raciale bretonne, de la fraternisation celto-germanique dans une conception élargie du paganisme nordique et celtique.
La revue « Stur » a contribué à rassembler les premiers éléments devant servir de base à une renaissance culturelle bretonne (études lexicologiques et linguistiques, bibliographie du folklore breton).
M. Mordrel a été condamné par les Français à un an de prison au motif qu'il avait entrepris une campagne contre « la guerre pour les Tchécoslovaques ». Il a été condamné à mort pour avoir pris position contre la France au cours de la guerre actuelle.
Lorsqu'il a quitté la Bretagne en décembre 1940, il était le chef du Parti national breton et directeur du journal « L'Heure Bretonne ».

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Possibilités d'action / de travail
1.) Assistance, conseil et éventuellement accompagnement et guidage de personnalités allemandes qui se rendent en Bretagne.
2.) Établir un lien entre la science allemande et les milieux bretons intéressés (tant le grand public que les spécialistes).
3.) Réunir en groupes les spécialistes dispersés en Bretagne même et donner l'impulsion à la création d'une revue scientifique active.
4.) Être chargé de l'étude et de la présentation raciales de la Bretagne, ce qui n'a jamais été entrepris sérieusement jusqu'à présent, avec une collaboration allemande souhaitable.
5.) Créer à Bonn un petit centre d'études bretonnes ayant un double objectif :
a) créer un cercle d'intérêts en Allemagne,
b) faire venir régulièrement des spécialistes de là-bas en Allemagne, ainsi que des étudiants bretons pour leur formation.
Réalisation pratique
1.) M. Mordrel résidera encore quelques mois à Berlin, période pendant laquelle sa famille restera en Bretagne, jusqu'à ce que la situation à Bonn se soit clarifiée. La famille recevra des moyens suffisants pour sa subsistance (existence).
2.) M. Mordrel cherchera immédiatement un collaborateur ou une collaboratrice allemand(e) qui lui servira de secrétaire, rédigera les textes allemands pour ses travaux et écrira ses lettres.
3.) En outre, un secrétaire breton est nécessaire, ne serait-ce que pour maintenir le fonctionnement des affaires pendant l'absence de M. Mordrel.
4.) Question des locaux et des moyens.
5.) Question de la liaison postale avec la zone occupée.

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Travaux urgents et nécessaires
M. Mordrel propose de rédiger sans délai :
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Un rapport global sur la question bretonne et les possibilités, notamment d'un point de vue culturel. Ce rapport peut être remis dans un délai de 8 jours.
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Un rapport sur la situation actuelle en Bretagne, en particulier sur l'état du mouvement breton dans l'ensemble de ses branches. Ce rapport nécessite un voyage en Bretagne qui durerait de 10 à 15 jours.
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Un rapport sur l'état des recherches concernant l'origine nationale, sur ce qui existe et sur les collaborations possibles. Les bases de ce rapport pourront être rassemblées au cours du voyage prévu ou lors d'un second voyage.
Point de vue politique
M. Mordrel a posé comme condition, lors de sa venue en Allemagne, de ne renoncer sous aucun prétexte à jouer un rôle politique en Bretagne et de se réserver le droit de retourner dans sa patrie s'il estime sa présence nécessaire sur place.
Afin que M. Mordrel ne perde pas le rôle qu'il a joué en Bretagne ni l'influence qu'il peut encore exercer, il est nécessaire qu'il conserve sa position et sa liberté d'action. Cela n'est possible que s'il continue d'apparaître en Bretagne et si les services allemands lui témoignent une certaine égards / considération.
M. Mordrel demande de prendre note du fait que la manière très discourtoise dont il lui a été enjoint de quitter le pays a eu un effet extrêmement préjudiciable sur l'influence allemande, et que depuis son départ, les éléments instables ont acquis une influence prépondérante (décisive) sur le mouvement breton.
Berlin, le 2 février 1941
signé : Signature
Le.
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